Contre la discrimination positive
On entend souvent dire que, pour certain(e)s personnes il faut plus de droits
que d'autres. Arguant de l'injustice et, le plus souvent, de l'inégalité dont
elles sont la victime à raison de leur sexe, de leur "race", de leur
lieu d'habitat, de leur statut social…, il en est donc appelé en leur faveur
à une… "discrimination positive", autrement dit à des droits spécifiques,
dérogatoires au Droit (Lois et règlements) applicable aux autres justiciables
ou bien à un "surplus de droit", à savoir à l'application du Droit
qui n'est pas/plus appliqué aux autres justiciables pour cause de "désuétude",
de jurisprudence, de "mode juridictionnelle", d'air du temps… Qu'en
est-il exactement ?
D'un point de vue strictement juridique, deux cas sont à considérer :
- la discrimination, l'injustice résultent du Droit
lui-même comme ce fut le cas, par exemple, avec l'Apartheid, l'homosexualité
dans le droit pénal français… Dans ce cas, la revendication doit
consister en l'abolition des lois iniques et aucunement en la revendication
de droits particuliers qui consacreraient une société duale, discriminante
de type Apartheid.
- la discrimination, l'injustice n'ont aucun fondement
légal et peuvent même, par référence à certains textes (Constitution,
droit pénal, droit du travail, droit civil, DUDH…), tomber sous le coup
de
la Loi.
C'est
là la situation courante du racisme, du sexisme, de l'homophobie… Dans ce
cas, les personnes en question, relativement au Droit, sont victimes d'un déni
de justice en ce que leurs droits fondamentaux et leurs libertés
individuelles, bien que "consacrés" par le Droit positif et protégés
par les lois et règlements en vigueur, sont bafoués, violés et que, ce
faisant, outre des atteintes à leur intégrité physique et psychologique,
elles subissent une atteinte à leur dignité humaine.
Dés lors on
voit bien que pour ces personnes le problème n'est pas d'avoir plus de droits
– sous-entendu, qui plus est, des droits "particuliers" – mais
bien les mêmes droits que les autres, de jouir de tous leurs droits sans aucune
exception, de ne plus être exclues de tel ou tel droit à raison de leur
individualité, de leur identité particulière.
L'égalité
devant
la Loi
ne peut tolérer que tel ou tel individu soit "moins égal" qu'un
autre et que tel ou tel droit fondamental lui soit refusé, supprimé mais elle
ne peut pas tolérer non plus que tel ou tel individu soit "plus égal"
que d'autre et bénéficie d'un "sur-droit" sur la base d'une
discrimination qui, en dernière analyse, est culturelle, sociale, politique, idéologique…
et sans lien avec la notion bien comprise de Justice.
Les révolutionnaires de 1789-1793, en promulguant
la Déclaration
Universelle
des Droits de l'Homme et du Citoyen, ont donné à
la République
la devise de "Liberté – Égalité – Fraternité". Si l'on admet
que cette devise
est, peu ou prou, le fondement idéologique de la démocratie bourgeoise, quelle
que soit la forme d'État que, localement, la bourgeoisie a pu ou peut
instituer, force est d'admettre que, d'un point de vue aussi bien politique qu'éthique,
la démocratie n'admet aucune inégalité devant
la Justice
et ne peut donc accepter qu'un individu soit, de facto ou de jure, déchu de
ses droits fondamentaux
qui, par définition, sont inaliénables.
Pour tout État qui se revendique démocratique, le refus de l'inégalité
devant
la Justice
est absolu ou n'est pas. En effet, la lecture du Droit d'un État quelconque
que l'on fait à l'aune de la déclaration des Droits de l'Homme de 1793 permet
d'affirmer que la négation des droits fondamentaux d'un seul individu à raison
de sa seule individualité est
constitutive d'une oppression faite
à l'ensemble du corps social et que, par conséquent, cet État n'est pas une démocratie
mais une… tyrannie.
Dans ces conditions, toute revendication d'une justice discriminante, quand bien
même elle serait portée par la légitime intention de (faire) mettre un terme
à une injustice dont serait la victime ne serait-ce qu'un seul individu, est…
"anti-démocratique" en ce que, en instaurant une inégalité devant
la Loi
, elle jette les bases légales d'une… tyrannie. En d'autres termes, dans la
logique de la démocratie dont il s'agit, la victime d'aujourd'hui n'a aucun
"doit" à s'ériger demain en oppresseur, sauf à se mettre en dehors
de la "démocratie" et, ce faisant, à s'interdire d'en appeler à la
"démocratie" pour faire cesser l'injustice qu'elle subit.
Par ailleurs, et sauf à considérer des lois iniques qui instituent une
injustice à raison de l'individualité même des gens (croyances religieuses,
convictions politiques, origines culturelles, "mœurs"…) et qu'il
conviendrait de combattre sur plusieurs champs, dont celui des tribunaux,
nationaux ou internationaux, force est de considérer que la plupart des
discriminations dont sont victimes les individus ou même des groupes sociaux en
entier
sont des "faits culturels" relevant d'idéologies (politiques,
religieuses…) bien précises.
Il est donc illusoire de s'imaginer que telle pratique, individuelle ou
collective, discriminatoire sera abolie "par décret".
Prenons l'exemple du racisme :
Si
la Loi
peut "punir" telle ou telle acte raciste, elle ne peut aucunement
interdire aux gens d'être raciste et ne peut donc pas éradiquer le racisme.
Pire peut-être encore, l'interdiction de pratiques qualifiées de racistes,
entraîne invariablement des contre-pratiques d'évitement qui sont
difficilement qualifiables de racistes devant les tribunaux ; la bête immonde
se tapit, se masque, apprend à ruser… mais ne disparaît pas et devient alors
plus difficile à "chasser". Mais la bête se nourrit aussi des
revendications de "discrimination positive" et, a fortiori, des
mesures discriminatoires prises en faveur de la catégorie d'individus qu'elle
frappe de sa haine, en s'arc-boutant tout simplement sur les principes mêmes de
la démocratie et, notamment, celui de l'égalité !
Il est ainsi paradoxal que les victimes d'une injustice et leurs avocats en
appellent à une… discrimination "positive" alors même que leur
victimisation résulte justement d'une… discrimination ! Il n'y a de Justice
qu'unique, universelle.
La Justice
qui se décline différemment à raison de l'individualité des gens, parce
qu'elle cesse d'être unique, universelle, n'est qu'injustices et, si elle prend
"force" de Loi, elle n'est jamais que le bras (légalement) armé
de… la tyrannie.
S'il peut occasionnellement être juridique (et, singulièrement, judiciaire), dès
lors qu'il ne légalise pas une discrimination,l e combat contre l'injustice est
social, culturel, idéologique…, politique : il n'est efficace que pour autant
qu'il s'en prend aux causes du mal et non aux effets.
Dans ce contexte, il est vraiment… paradoxal de voir des anarchistes en
appeler à des lois instituant une discrimination positive. En effet, outre que,
par ce biais, ils-elles montrent une conception… "curieuse" de
la Justice
et de la démocratie – une conception fort éloignée d'une société
humaine, anarchique qui serait libre, égale et fraternelle -, ils-elles délèguent
leur lutte à…. l'État, l'État dont, en tant qu'anarchistes, ils-elles sont
supposé(e)s vouloir l'anéantissement.
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