A propos des luttes des précaires
Socialiste révolutionnaire ? C'était jadis un pléonasme, c'est
maintenant un paradoxe.
Léo Campion
Si tu ne participes pas à la lutte, tu participeras à la défaite.
Bertold Brecht
Depuis 2002, il se développe en
France de nombreuses luttes de "précaires", c'est-à-dire de salarié(e)s,
des secteurs privé et public, dont le statut juridique et socio-économique est
celui de la précarité : contrat de travail à durée déterminée, intérim ou
vacation ; temps partiel ; salaire de misère… En outre, les salarié(e)s sont
presque toujours en situation personnelle ou familiale diffificle : mères célibataires
ou divorcées, émigré(e)s, jeunes, étudiant(e)s… Il en est ainsi, par
exemple, des salarié(e)s des entreprises de la restauration rapide (Mac Do,
Quick, Frog…) et du nettoyage, que ces entreprises soient locales (petites
entreprises unilocalisée) ou nationales (entreprises en franchise, en réseau
ou multilocalisées).
L'examen de ces luttes fait
apparaître les mêmes caractéristiques :
- à l'origine, il s'agit d'un conflit localisée :
conditions de travail et/ou de rémunération, salaires ou heures supplémentaires
non payées, primes (en particulier de déplacement, d'horaires de nuit, de
précarité…) non versées, harcèlement moral ou sexuel, licenciement(s)
dits disciplinaire(s) abusifs…
- le conflit est lancé spontanément par les salarié(e)s
sans consigne ou encadrement syndical car, la plupart du temps, ils-elles ne
sont pas syndiqué(e)s et/ou il n'y a pas de syndicat d'entreprise.
- Habituellement isolé(e)s, les salaiéi(e)s, dés le
début même du déclenchement du conflit se constituent en collectif et développent
entre eux-elles une solidarité à toute épreuve.
- ces conflits sont généralement longs et durs
(occupation du leu de travail, piquets de grève, intervention de la police
et/ou de vigiles, menaces patronales…).
- ils aboutissent régulièrement à une victoire soit
sur décision prud'homale, soit au terme de négociations menées avec le
patron.
- lorsqu'il s'agit d'entreprises multilocalisées, le
conflit, à l'origine particulier à une seule unité, a tendance à se généraliser
à l'ensemble des unités constitutives de l'entité capitaliste en
question.
- systématiquement, ces luttent se déroulent dans
l'indifférence et le silence médiatiques alors même que les habitant(e)s
du voisinage et les client(e)s particulier(e)s de ces entreprises suivent nécessairement
l'"affaire" de près et, régulièrement, apportent leur soutien
aux grévistes.
- non moins systématiquement, sauf exception relevant
d'initiatives personnelles de militant(e)s ces luttes ne bénéficient pas
du soutien des centrales syndicales réformistes (les "grands
syndicats"), ce qui contribue à en interdire la "publicité".
- tout autant systématiquement, lorsque la victoire
est en train de se dessiner, un "grand syndicat" tente de récupérer
la lutte à son actif, pour son seul intérêt "publicitaire" mais
aussi pour s'assurer du contrôle social d'un collectif victorieux représentant
pour lui une "pépinière" de cotisant(e)s. Pour autant, cet
entrisme syndicaliste n'a pas pour objectif de se saisir de cette victoire,
annoncée ou obtenue, comme tremplin d'une lutte d'envergure plus grande et,
en particulier, nationale.
- en fait, et toujours autant systématiquement, les
salarié(e)s concerné(e)s n'ont d'autre soutien que celui de la C.N.T.,
d'autres collectifs "inorganisés", c'est—à-dire non structurés
en appareil bureaucratique à l'image des syndicats réformistes (Chômeurs-euses
et Précaires, ancien(ne)s ou actuel(le)s grévistes de même
"nature", Sans Papier…), des libertaires, d'associations…
- généralement, les partis politiques et, singulièrement,
ceux se disant de gôche, se désintéressent complètement de ces luttes,
les trotskystes, comme de règle, lorsqu'ils-elles sont présent(e)s, avançant
toujours à visage masqué eu nom de leur traditionnel entrisme "révolutionnaire"
tactique.
- au terme de la victoire, à l'exception d'adhésions
individuelles, soit par "reconnaissance", soit par affinité-solidarité
de combat, à un syndicat "extérieur" à l'entreprise, les salarié(e)s
ne se constituent pas en syndicat d'entreprise, à ,l'exception notoire de
la CNT.
Plusieurs enseignements peuvent
d'ores et déjà être tirés de ces luttes :
- elles s'inscrivent dans la "tradition ouvrière"
de l'action directe telle qu'elle a pu se développer dans la seconde moitié
du XIXème et au début du XXème siècles et telle qu'elle a été "réinventée",
à la fin du XXème, avec l'émergence de "collectifs" et
d'initiatives prises par la seule base (souvent, d'ailleurs, contre les
consignes mêmes des bureaucraties syndicales).
- la longueur et la dureté du conflit témoignent
d'une combativité que l'on a du mal à retrouver chez les salarié(e)s n'étant
pas frappé(e)s de précarité, ce qui atteste que la non-participation de
ces dernier(e)s aux grèves actuelles ne saurait s'expliquer par le seul
"obstacle financier" [le prix d'une journée de grève et, a
fortiori, d'une grève reconductible étant, soi-disant,
"prohibitif"] et que cette démobilisation est la conséquence
d'autres facteurs personnels, culturels, psychosociologiques, politiques…
("embourgeoisement" – déjà dénoncé en 1968 ! -, repli sur
soi, peur, défaitisme, résignation, renoncement… mais aussi perte de la
conscience de classe…) et/ou extérieurs avec, singulièrement, le travail
de sape, voire le collaborationnisme des
syndicats réformistes et des partis politiques dits de gôche.
- parce qu'elles sont régulièrement couronnées de
succès relativement aux revendications qui les ont motivées, ces luttes démontrent
que, face à un patronat de plus en plus arrogant, méprisant, exploiteur, répressif…
et bénéficiant depuis l'instauration de la chiraquie d'une collaboration
active et inconditionnel de l'appareil oppressif et répressif de l'État,
il n'y a d'autre voie pour la victoire que le combat social. A contrario,
elles démontrent que, lorsqu'il accepte de négocier avant même le début
du conflit ou lorsque le conflit engagé risque de durcir et, en
particulier, de se généraliser, le patronat – et son larbin qu'est l'État
– n'a d'autre intention que d'obtenir de la part des salarié(e)s en lutte
une compromission et, en fait, une capitulation au regard de ce qu'ils-elles
auraient pu obtenir en engagent ou poursuivant le combat. Mais elles démontrent
aussi que pour les salarié(e)s la victoire, même de portée limitée, très
tactique (une revendication particulière limitée), ne passe plus par les
grands syndicats qui, de fer de lance du combat social, se sont transformés
en bureaucraties dont la mission première est de permettre au patronat et
à l'État de mieux assurer le contrôle social des prolétaires et, au
besoin des sous-prolétaires [Et c'est parce que leur mission première est,
désormais, de faciliter ce contrôle social – de faire avaler la pilule
du capitalisme présenté, au nom d'un pseudo réalisme politico-économique,
comme une… fatalité, c'est-à-dire comme le seul choix possible de société].
- parce qu'elles relèvent de l'action directe des
travailleurs-euses et qu'elles sont régulièrement et seules victorieuses,
ces luttes, à condition de pouvoir en faire la jonction avec le mouvement général
actuel de revendication sur la retraite, la décentralisation…, sont
seules susceptibles de constituer le "détonateur" de la
"bombe sociale" qu'est la grève générale révolutionnaire. A
contrario, il y a malheureusement fort à parier que si cette jonction n'est
pas faite le mouvement général ne manquera pas de courir soit, purement et
simplement, à une défaite, soit à une compromission qui ne sera jamais
qu'un sursis au projet du patronat et de l'État de casse générale des
"acquis sociaux", autrement dit de l'achèvement du capitalisme
enfin achevé, c'est-à-dire d'un système d'exploitation totalitaire enfin
mondialisé mais aussi globalisé.
PS Aujourd'hui 10/06/03), à
Lille, la manifestation est passée devant un Medef en état de siège avec un
dispositif sécuritaire (CRS, flics, BAC et vigiles) impressionnant alors que,
bien qu'implanté sur le circuit "officiel" de toutes les
manifestations d'envergure, ses locaux, depuis début mai, n'ont jamais
recueilli autre chose que l'indifférence des manifestant(e)s et que,
aujourd'hui, il n'y avait aucun "risque" de les voir se comporter
autrement.
Un peu plus loin, la
manifestation n'a pu emprunter le même circuit "officiel" car, pour
l'empêcher de passer devant les locaux de l'UMP, un dispositif sécuritaire
encore plus impressionnant (véhicules blindés légers avec grilles anti-émeute
à l'avant, une armée de robocops, des flics en civils sur les balcons et
terrasses des immeubles…) était déployé. Il en a résulté une très longue
pause du cortège, fortement "coloré" de rouge/moir et de noir juste
devant le barrage, avec force de slogans contre le gouvernement, l'UMP, le
patronat…, de sifflets, de sirènes, de tambourinades et autres "casserolades"…
mais aussi de jets d'œufs (frais !), de paquets de lessive - distribués
gratuitement par les salarié(e)s licencié(e)s de Lever dont la liquidation
judiciaire vient d'être prononcée par le Tribunal de Commerce -. Somme toute,
une ambiance "bon enfant", enjouée et pacifique, qui, à aucun
moment, n'a présenté le moindre risque et, qui plus est, signe de "dérapage"
violent. Il n'empêche que, l'ordre a été donné de charger les
manifestant(e)s avec les véhicules, suivis des robocops frappant leurs
boucliers de leurs matraques et de les asperger de poivre, puis de lacrymogène
[Il y a fort à parier que, en utilisant adroitement les images, les médias
vont présenter la chose comme la légitime répression d'une "émeute"
entraînée par ces "voyous" et "casseurs" attitrés que
sont ces extrémistes d'…anarchistes.
Compte tenu donc de cette charge
et de la présence nombreuse d'enfants, dont beaucoup en bas âge, et de
personnes âgées dans les rangs des manifestant(e)s, le cortège a fini par se
replier et à bifurquer vers la Préfecture dont, rebelote, un même dispositif
répressif impressionnant, interdisait l'accès.
A l'évidence, ces faits démontrent
que l'État, larbin docile du capital, a fait le choix de la répression illimitée
du mouvement social en cours et que, par conséquent, il n'y a pas attendre de
lui quelque négociation et, a fortiori, capitulation que ce soient dés lors
qu'il a manifestement décidé de casser non seulement les "acquis
sociaux" mais encore les individu(e)s qui luttent, dans une forme
"traditionnelle" pour leur préservation.
Aujourd'hui plus qu'hier,
l'exemple des luttes (victorieuses) est à suivre parce qu'il est la seule voie
possible de la victoire.
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