Droite et gauche ou droite contre gauche ?

De la tyrannie de la droite à la révolte libératrice de la gauche.

 

A ce mineur, manuel s'il en fût, qui m'offrit le dernier morceau de charbon extrait de la mine à ciel ouverte de Carmaux et qui m'apprit que les mains ont cette particularité de faire non l'homme (ou la femme) mais l'humain car elles sont, par excellence, l'outil du partage.

 

"Elles ne sont pas un couple de jumeaux passivement identiques. Elles ne se distinguent pas non plus l’une de l’autre comme la cadette et l’aînée ou comme deux filles aux dons inégaux, l’une rompue à toutes les adresses, l’autre, serve engourdie dans la monotone pratique des gros travaux. Je ne crois pas absolument à l’éminente dignité de la droite. Si la gauche lui manque, elle entre dans une solitude difficile et presque stérile. La gauche, cette main qui désigne injustement le mauvais côté de la vie, la portion sinistre de l’espace, celle où il ne faut pas rencontrer le mort, l’ennemi ou l’oiseau, elle est capable de s’entraîner à remplir tous les devoirs de l’autre. Construite comme l’autre, elle a les mêmes aptitudes, auxquelles elle renonce pour l’aider. Serre-t-elle moins vigoureusement le tronc de l’arbre, le manche de la hache ? Étreint-elle avec moins de force le corps de l’adversaire ? A-t-elle moins de poids quand elle frappe ? Sur le violon n’est-ce pas elle qui fait les notes, en attaquant directement les cordes, tandis que, par l’intermédiaire de l’archet, la droite ne fait que propager la mélodie ? C’est un bonheur que nous n’ayons pas deux mains droites. Comment se répartirait la diversité des tâches ? Ce qu’il y a de "gauche" dans la main gauche est assurément nécessaire à une civilisation supérieure ; elle nous relie au passé vénérable de l’homme, alors qu’il n’était pas trop habile, encore loin de pouvoir faire, selon le dicton populaire, "tout ce qu’il veut de ses dix doigts". S’il en était autrement, nous serions submergés par un affreux excès de virtuosité. Nous aurions sans doute poussé à ses limites extrêmes l’art des jongleurs - et probablement rien de plus".

Henri Focillon, "Éloge de la main".

 

"Quelle ressemblance plus parfaite que celle de nos deux mains! Et pourtant, quelle inégalité plus criante ! À la main droite vont les honneurs, les désignations flatteuses, les prérogatives : elle agit, elle ordonne, elle prend. Au contraire, la main gauche est méprisée et réduite au rôle d'humble auxiliaire : elle ne peut rien par elle-même ; elle assiste, elle seconde, elle tient. La main droite est le symbole et le modèle de toutes les aristocraties, la main gauche de toutes les plèbes. Quels sont les titres de noblesse de la main droite ? Et d'où vient le servage de la gauche?"

Robert Hertz, "La prééminence de la main droite. Étude sur la polarité religieuse", in "Sociologie religieuse et folklore".

 

"La possession du monde exige une sorte de flair tactile. […] En prenant dans sa main quelques déchets du monde, l'homme a pu en inventer un autre qui est tout de lui. […] Mais entre esprit et main les relations ne sont pas aussi simples que celles d’un chef obéi et d’un docile serviteur. L’esprit fait la main, la main fait l’esprit. Le geste qui ne crée pas, le geste sans lendemain provoque et définit l’état de conscience. Le geste qui crée exerce une action continue sur la vie intérieure. La main arrache le toucher à sa passivité réceptive, elle l’organise pour l’expérience et pour l’action. Elle apprend à l’homme à posséder l’étendue, le poids, la densité, le nombre. Créant un univers inédit, elle y laisse partout son empreinte. Elle se mesure avec la matière qu’elle métamorphose, avec la forme qu’elle transfigure. Éducatrice de l’homme, elle le multiplie dans l’espace et dans le temps".

Henri Focillon, "Éloge de la main".

Introduction

Ce n'est qu'en 1791, à l'Assemblée nationale française, que les termes de droite et de gauche ont pris un sens politique, la droite et la gauche désignant depuis les députés qui siègent respectivement à la droite et à la gauche du Président[1] et, depuis, par tradition, les conservateurs et, sinon les révolutionnaires, du moins, les réformistes.

Mais cette dualité droite/gauche est beaucoup plus ancienne puisqu'elle remonte à l'aube des temps de la société humaine et qu'elle participe de cette vision primitive du monde, toujours prégnante de nos jours[2] : la bipolarité, la dichotomie,le manichéisme, qui distinguent/opposent le bien ET le mal, le haut ET le bas, le centre ET la périphérie… la droite ET la gauche, le sacré ET le profane, le pur ET l'interdit, le licite ET l'interdit[3]…, le "et" ressortissant aussi bien à la complémentarité, l'inhérence de la totalité différenciée qu'à l'altérité, la substitutivité, le dilemme, l'opposition…, autrement dit aussi du "ou", voire du "contre".

Mais de quelle nature est cette distinction/opposition : naturelle et objective et, en particulier, du point de vue humain, organique ou bien artificielle et subjective, c'est à dire humaine, voire… trop humaine ?

Une bipolarité fondée sur une asymétrie organique originelle ?

Le processus d'hominisation a été enclenché avec l'émergence de l'homo erectus. En effet, la stature debout est une véritable rupture avec l'animalité puisqu'elle a permis, chez les pré-hominidés, la différenciation des membres supérieurs des membres inférieurs, les premiers devenant les outils de la préhension et les seconds de la locomotion, et, surtout, l'apparition de la main qui, avec l'homo fabilis, consacrera l'autonomie définitive de ce genre à part entière, le genre humain.

La différenciation des membres supérieurs et inférieurs – appellations de situation relativement à l'horizontalité et à l'axe médian du corps et non de qualification morale – ne supposait pas, a priori, une différenciation des bras et, surtout, des mains droite et gauche et, a fortiori, la dominance de la main droite sur la main gauche. En effet, si selon certains scientifiques, l'asymétrie des membres supérieurs et, par conséquent, la prédominance de la main droite, serait due à l'asymétrie cervicale, la partie gauche du cortex étant neurologiquement quantitativement et qualitativement plus développée, plus complexifiée que la partie droite au point que Broca a pu dire : "Nous sommes droitiers de la main, parce que nous sommes gauchers du cerveau", il est tout autant scientifiquement fondé de dire que l'asymétrie cervicale est la conséquence de l'asymétrie des membres supérieurs et que : "Nous sommes gauchers du cerveau parce que nous sommes droitiers de la main"[4].

Les tenants de ce déterminisme cervical de l'asymétrie des membres supérieurs arguent notamment du fait que c'est dans l'hémisphère gauche du cortex que réside le centre du langage articulé, les centres d'innervation des muscles présidant aux mouvements volontaires… Or, le langage articulé, au sens humain du terme et non dans sa conception animale de cri, est sans aucun doute postérieur à l'érection de cet animal appelé à devenir humain ; dans ces conditions, rien n'établit scientifiquement que l'hémisphère cortical gauche ait été originellement prééminent. Toujours d'un point de vue strictement scientifique, et sauf à verser dans le créationnisme, il est parfaitement admissible que l'asymétrie organique, tant du cerveau que des membres, soit la résultante du processus d'humanisation et non le préalable.

S'il est évident qu'une corrélation régulière existe entre la prédominance de la main droite et le développement supérieur du cerveau gauche dans la mesure où les observations anatomiques, physiologiques, neurologiques… attestent de ce que l'exercice d'un organe détermine une nutrition plus abondante et son développement conséquent et que l'activité plus grande de la main droite implique donc un travail plus intense des centres nerveux gauches[5]., rien, dans l'état actuel de nos connaissances, ne permet de dire et, surtout, de démontre, de ces deux phénomènes, lequel est la cause, lequel est l'effet.

Il est en effet d'autant plus difficile d'établir scientifiquement une cause organique – un déterminisme - à l'asymétrie des membres supérieurs et donc de la main droite, que les animaux les plus voisins de l'homme, les grand singes, sont ambidextres [6]. C'est pourquoi, pour de nombreux auteurs il n'existe pas de fondement anatomique au privilège de la main droite : la prédominance de la main droite a donc de fortes chances de ne pas être inhérente à la structure organique du genus homo, mais à des conditions extérieures à l'organisme [7].

Ceci dit, il n'en demeure pas moins qu'il existe une constante quasi universelle dans le temps et l'espace : la prédominance de la main droite sur la main gauche comme résultante de cette autre constance : le primat de la droite sur la gauche. Qu'en est-il exactement ?

De la tyrannie de la droite...

Pour échapper au devenir et, notamment à la critique, voire la remise en cause des novateurs, progressistes et autres révolutionnaires, les hiérarchies sociales prétendent toujours être fondées sur un ordre… naturel. La prédominance de la droite sur la gauche, dont la prééminence de la main droite sur la main gauche n'est qu'une illustration-conséquence, se fonderait donc sur un ordre naturel, une innéité emportant un déterminisme absolu.

L'Histoire, l'Anthropologie et l'Ethnologie montrent que, à quelques rares exceptions près, la prépondérance de la main droite est obligatoire, imposée par la contrainte, garantie par des sanctions tandis qu'un véritable interdit pèse sur la main gauche et la paralyse. Cette asymétrie tactile atteste donc d'une véritable institution sociale, d'une institution ordonnée et hiérarchisée, c'est-à-dire d'une société d'ordonnancement, de différenciation, de séparation, de division… Une telle société s'oppose à une société anarchique qui, en conformité avec la simple observation d'une matérialité évidente (jour/nuit, positif/négatif, haut/bas…), ne pose pas la symétrie naturelle comme une asymétrie impliquant Et le choix de l'un des termes ET l'opposabilité d'un terme à l'autre mais, au contraire, comme une totalité indissociable, indivisible à peine d'anéantir le tout considéré, c'est-à-dire Et la parité ET la paire.

Il est une loi naturelle qui à toute chose associe, dialectiquement, nécessairement et sans aucune hiérarchisation, son contraire[8] et, pourtant, la primauté de la droite sur la gauche est dite… naturelle. Or, s'agissant de la société humaine, et en raison même du processus d'hominisation qui en construisant l'humain a produit le social[9], l'ordre culturel s'est substitué à l'ordre naturel et, en particulier, à l'animalité. Pour comprendre cette prédominance de la main droite et, plus généralement, de la droite, il importe donc de retracer la genèse de ce processus particulier qu'est celui de l'acculturation et, partant, et concernant aussi bien l'individu que le groupe, de la socialisation. C'est donc l'étude comparée des représentations collectives (l'anthropologie en général et, en particulier, l'ethnologie et la sociologie) qui, seule, peu expliquer le privilège aristocratique dont jouit la droite.

Dans son ouvrage "Sociologie religieuse et folklore" Robert Hertz remarque que :

"L'antithèse du profane et du sacré reçoit une signification différente selon la position qu'occupe dans le monde religieux la conscience qui classe et évalue les êtres. Les puissances surnaturelles ne sont pas toutes du même ordre : les unes s'exercent en harmonie avec la nature des choses, elles ont un caractère régulier et auguste qui inspire la vénération et la confiance ; les autres, au contraire, violent et troublent l'ordre universel et le respect qu'elles imposent est fait surtout d'aversion et de crainte. Toutes ces énergies présentent ce trait commun de s'opposer au profane ; pour celui-ci, elles sont toutes également dangereuses et interdites. Le contact d'un cadavre produit sur l'être profane les mêmes effets que le sacrilège. En ce sens, Robertson Smith a eu raison de dire que la notion de tabou enveloppe à la fois le sacré et l'impur, le divin et le démoniaque. Mais la perspective du monde religieux change, si on l'envisage non plus du point de vue du profane, mais du point de vue du sacré. Dès lors, la confusion que signalait Smith n'existe plus : le chef polynésien, par exemple, sait bien que la religiosité dont est imbu le cadavre est radicalement contraire à celle qu'il porte en lui. L'impur se sépare du sacré pour venir se placer au pôle opposé du monde religieux. D'autre part, le profane ne se définit plus, de ce point de vue, par des caractères purement négatifs : il apparaît comme l'élément antagoniste, qui, par son seul contact, dégrade, diminue et altère l'essence des choses sacrées. C'est un néant, si l'on veut, mais un néant actif et contagieux ; l'influence mauvaise qu'il exerce sur les êtres doués de sainteté ne diffère que par l'intensité de celle qui provient des puissances néfastes. Entre la privation des pouvoirs sacrés et la possession de pouvoirs sinistres la transition est insensible[10]. Ainsi, dans la classification qui, dès l'origine et de plus en plus, a dominé la conscience religieuse, il y a affinité de nature et presque équivalence entre le profane et l'impur ; les deux notions se combinent et forment, par opposition au sacré, le pôle négatif du monde spirituel".

Ainsi, le dualisme de la pensée primitive a scellé l'organisation sociale de la société primitive. Dans l'espace social du peuple primitif – l'espace tribal –, et selon certes une codification plus ou moins rigoureuse – le rite –, les deux termes de chaque dualité considérée peuvent pleinement cohabiter, chaque terme ayant de droit sa place et le grand tout, le monde et le non-monde, c'est-à-dire la nature, est toujours la somme nécessaire des deux termes de la dualité, autrement dit un ensemble harmonieux au sens d'équilibré. Il est d'ailleurs intéressant de noter que le symbole de la totalité primitive, comme matrice et lieu de la Vie, est le cercle et que toute rupture de ce cercle produit une… droite qui, parce qu'elle n'a ni début, ni fin, entraîne un déséquilibre autant naturel que vital qu'il importe de rétablir le plus rapidement possible en… refermant le cercle brisé. Il est non moins intéressant de relever que, régulièrement, dans des circonstances bien définies à la fois par le rituel et par la science-sagesse[11] acquise de/par la maîtrise de la mémoire et de l'observation, les lignes de partage de  la dualité peuvent être transgressées, de façon plus ou moins durable, et que cette transgression primitive de l'ordre naturel a régulièrement ressurgi tout au long de l'Histoire et continue d'ailleurs toujours de se manifester avec les fêtes (les fêtes comme les bacchanales, les saturnales, le carnaval…) mais aussi avec certaines manifestations artistiques (le théâtre en particulier) et que ces transgressions, licites parce que  ritualisées, se font toujours sous le masque, le maquillage, le déguisement…, c'est-à-dire aussi bien le travestissement du réel transgressé que la réflexion – l'inversion donc - du surnaturel.

Avec l'apparition de l'État ET des religions[12], l'évolution sociale remplace ce dualisme, complémentaire et, éventuellement, réversible[13], par une structure hiérarchique et rigide, un ordre intangible parce que… naturel, autrement dit de droit, que ce droit soit divin ou monarchique. Ainsi, les clans, les fratries, les tribus..., séparés mais équivalents en raison du principe constitutif de la dualité ; la parité -, cèdent progressivement la place à des castes ou des classes, les unes, supérieures, sacrées, nobles, vouées aux œuvres d'ordonnancement, de commandement, les autres, inférieures, profanes, viles[14] sont condamnées aux œuvres d'exécution, de servilité.

Cette transformation sociale a pour effet de transformer la dualité primitive en une polarité civilisée qui, toutefois, continue de revendiquer sa légitimité d'un ordre naturel intangible, immanent, intransgressible.

Toujours selon Robert Hertz[15] :

"Dans le principe sacré résident les pouvoirs qui conservent et accroissent la vie, qui donnent la santé, la prééminence sociale, le courage à la guerre et l'excellence au travail. Au contraire, le profane (en tant qu'il fait incursion dans le monde sacré), l'impur sont essentiellement débilitants et léthifères ; c'est de ce côté que viennent les influences funestes qui oppriment, amoindrissent, gâtent les êtres. Ainsi, d'une part, le pôle de la force, du bien, de la vie ; d'autre part, le pôle de la faiblesse, du mal, de la mort. Ou si l'on préfère une terminologie plus récente, d'un côté les dieux, de l'autre les démons".

Ainsi, la polarité et, plus exactement, la bipolarité de la société humaine moderne relève toujours, d'une certaine manière, de la dualité, mais d'une dualité particulière : une dualité ordonnée, hiérarchisée, im-paire, inégale, oppositionnelle, conflictuelle, antagonique… qui n'a plus la complexité dialectique de la dualité primitive, mais la simplicité de la binarité informatique : le manichéisme[16].

C'est dans le contexte de cette manichéisation de l'ap-préhension du monde, que se situe l'instauration de la prédominance de la main droite sur la main gauche et, plus généralement, et au sens premier de localisation, de la droite sur la gauche[17].

Certains auteur(e)s ont tenté de donner une explication objective et donc scientifique, rationnelle à cette primauté de la droite en la considérant comme le prolongement des cultes solaires primitifs puisque le soleil se lève à l'Est – la droite – et se couche à l'Ouest – la gauche -. Ce faisant, sans le vouloir, ces auteurs démontrent la culturalité de cette primauté et donc sa relativité dans la mesure où les notions et les repères d'Ouest et d'Est et donc de droite et de gauche n'ont de sens que relativement à un troisième point, le Nord ! Ils prouvent donc non un phénomène naturel mais un fait culturel, non une loi mais un impératif !

D'autres, ont voulu y voir la résurgence de la dualité sexuée originelle des cosmogonies primitives, le féminin et le masculin, sans pour autant démonter en quoi cette dualité explique à la fois l'assimilation de gauche au masculin et de la droite au féminin au masculin d'une part et, d'autre part, l'infériorité de la première et la supériorité de la seconde.

Si, dans l'état actuel de nos connaissances scientifiques, rien ne peut démontrer ET l'inéluctabilité de l'unidextrie comme inhérente, d'un point de vue anatomique, neurologique, physiologique… au processus même de l'hominisation, ET la prédominance de la main droite sur la main gauche, et si, en matière de localisation, non relativement à soi mais, in abstracto, dans l'univers, les notions de droite et de gauche – comme celles, d'ailleurs, de haut et de bas, n'ont pas de sens[18], il n'en demeure pas moins que "La façon différente dont la conscience collective envisage et estime la droite et la gauche apparaît clairement dans le langage[19]" et qu'il existe une constante sémantique universelle, celle de la prédilection accordée à la droite aux dépens de la gauche, qu'il s'agisse de la main en particulier, ou de la localisation en général et, a fortiori, de la symbolique[20].

La simple consultation d'un dictionnaire fait apparaître que :

L'illustration la plus frappante et aussi la plus immédiate de la préséance de la droite sur la gauche est bien entendu celle de la main mais également du pied : c'est de la main droite que l'on salue ; c'est la main droite que l'on sert ou que l'on baise ; on se signe de la main droite mais on maudit, blasphème, œuvre en sorcellerie… de la main gauche ; c'est avec la main droite que l'on écrit, signe, prête serment ; on se contrit pour implorer le pardon divin en se frappant le côté gauche de la poitrine avec la main droite ; on bénit de la main droit ; c'est la main droite que l'on pose sur la personne à laquelle on accorde sa protection ; les hommes s'éventent de la main droite et les femmes de la main gauche ; pour bien se lever, il faut se lever du pied droit et inversement ; c'est du pied droit que l'on se doit d'entrer dans le temple[22] ; c'est de la main droite qu'il faut cogner la porte que l'on souhaite se faire ouvrir ; c'est la main droite que la future épouse donne à son futur époux[23] ; comme le dit l'adage, la main gauche, souvent, défait ce que la main droite a eu tant de mal à faire ; partir d'un bon pied et d'un bon œil, c'est partir du côté droit[24] ; les toasts sont portés de la main droite ; les emblèmes monarchiques et religieux se portent sur le côté droit ; c'est la main droite, signe-siège de virilité, de bravoure, de loyauté… qui doit tenir l'épée quand la main droite, image féminine de la défense, de la passivité, ne peut que porter que le bouclier ; souvent, les futurs initiés sont interdis de l'usage de la main droite jusqu'à leur initiation ; l'honnête homme, l'homme de bien porte à droite quand le libertin, l'homme immoral porte à gauche[25] ;  bien entendu, la main droite est celle de dieu, du souverain, du héros, de l'ami… quand celle de gauche est celle du diable, du rebelle, du traître, de l'ennemi…

Mais elle tout aussi évidente dans les multiples localisations sociales : la place de l'hôte d'honneur, de l'ami, du confident… est à droite ; l'élu siège à la droite de dieu ; l'orient et le midi sont à droite quand l'occident et le septentrion sont à gauche ; une franche accolade commence toujours par la joue ou l'épaule droite et celui-celle qui commencerait par l'autre côté atteste de mauvaises intentions ;le passage d'un animal (oiseau, lièvre…) de droite à gauche est de bonne augure et de mauvais présage dans le sens contraire ; les aiguilles de l'horloge marquent le temps de droite à gauche et c'est dans ce sens que se fait la ronde quand, dans le sens contraire, celle-ci devient sabbatique, démoniaque ; le ruban tricolore de Marianne est posé de la droite vers la gauche, c'est-à-dire du haut vers le bas ; c'est par le côté droit d'un navire qu'il convient de monter à bord et c'est de son côté gauche que l'on jette les dépouilles des marins; le paradis est à droite (et/ou en bas) et l'enfer à gauche (et/ou en bas) ; c'est par la porte gauche que les pêcheurs sont expulsés de l’Église [26] ; dans le théâtre classique, l'acteur entre par la droite et sort par la gauche …[27]

Dans ne nombreuses langues de signes : la main droite désigne le moi, la gauche le non-moi ; pour évoquer l'idée de haut, la main droite est élevée au-dessus de la gauche, qui est tenue horizontale et immobile, tandis que l'idée de bas s'exprime en abaissant la main gauche au-dessous de la droite ; la main droite levée signifie bravoure, puissance, virilité ; la main droite main, portée vers la gauche et au-dessous de la main gauche, évoque, selon les cas, les idées de mort, de destruction, d'enterrement…

Ainsi, forme par excellence de la géométrie, la droite est le signe, le symbole de la rectitude, de la noblesse, de la bonté, de la justice… quand la gauche est celui de la fourberie, du mensonge, de la trahison, de la bassesse… Pour Robert Hertz, la dualité primitive droite-gauche est donc devenue une dichotomie : "La droite est le dedans, le fini, le bien-être et la paix assurés ; la gauche est le dehors, l'infini, l'hostile, la perpétuelle menace du mal".

De même qu'il n'y avait aucun fondement organique à l'unidextrie de l'homo sapiens, dans le cosmos droite et gauche n'ont aucun… sens[28] et la parité[29] naturelle, si elle est universelle, n'implique ni localisation, ni hiérarchisation des termes. Dans la nature les deux termes d'un couple ne sont pas localisés, orientés et, a fortiori, hiérarchisés. La parité naturelle, si elle atteste bien d'une indissociable complémentarité, éventuellement dialectiquement antagonique, n'est en rien une lutte du bien contre le bien, du vrai contre le faux, du positif contre le négatif… Elle est le processus vital de toute chose. Elle est la vie à l'état brut. Sans dualité, pas de vie.

Dans la société humaine, cette dualité naturelle est devenue, avec l'émergence de l'État et de la religion, une dichotomie parce qu'elle participe d'une explication artificielle du réel, du monde en ce qu'elle situe l'origine de la vie non dans la vie elle-même, non dans le monde mais dans un ailleurs, une supra-nature, qui, démiurge, refait le monde en fonction de la représentation qu'en ont les humains. Le manichéisme n'est jamais que le jugement culturel que les humains portent sur un phénomène naturel sans valeur, amoral : la dualité. Cette explication n'est pas seulement réductrice, elle est lourde de conséquence puisqu'à l'ordre naturel elle substitue un ordre artificiel qui n'est pas celui de la complémentarité mais de l'antagonisme. Il est le désenchantement originel du monde dans la mesure où, en humanisant le réel par la vision interprétative qu'en font les humains, il rompt avec l'unité originel, il assigne à résidence toute chose, à commencer par les humains (individus et groupes) et, par là, rompt le cercle de l'équilibre cosmogonique des primitifs pour le remplacer par une droite, une droite qui est une ligne de… partage au sens de fracture, de dissension, d'opposition et non pas/plus d'échange, de permutabilité, de complémentarité.

La référence que fait le manichéisme à la dualité naturelle n'est pas seulement une commodité, comme peut l'être le conventionnement de la géométrisation de l'espace, il est une réinvention du monde, une dé-naturalisation, une ab-straction , une re-composition…, bref un ordonnancement du réel. Il est l'assujettissement de la nature à la culture. Il est la légitimation d'un ordre, un ordre d'essence morale, politique, sociétale…, bref culturelle. C'est pourquoi, Robert Hertz a pu dire : " Si l'asymétrie organique n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer".

A y regarder de plus près, d'un point de vue anthropologique et… philosophique, la représentation manichéenne du réel est la tentative, autant désespérée et prétentieuse que vaine et inutile, de l'individu, tragiquement solitaire pour maîtriser le monde, la vie à l'effet non seulement d'échapper à sa condition naturelle, qui est celle de la mortalité, mais, d'abord, de se signifier, c'est-à-dire de se situer dans le continuum espace-temps.

Cette conscientisation du monde ressortit donc à l'appréhension la plus élémentaire, première, immédiate, fondamentale du monde qui est celle du nouveau né et qui au Moi oppose le non-Moi, c'est-à-dire… tout le reste et donc, le monde[30]. Mais, autant pour le primitif, le Moi, individuel ou collectif, n'est que pour autant qu'il se situe dans le non-Moi, autant pour le moderne le Moi, individuel ou collectif toujours, n'est que pour autant qu'il s'oppose au non-Moi, autrement dit que le Moi rejette, expulse le non-Moi.

On voit donc que la prépondérance de la main droite sur la main gauche et, plus généralement de la droite sur la gauche[31] n'est pas seulement une affaire d'ambidextrie ou d'unidextrie, d'assymétrie… mais bien d'une… conception du monde, d'une philosophie de la vie. L'enjeu est donc de taille car il y va peutêtre – et, de mon point de vue, sans doute – de la survie et du monde humain, et du monde… naturel…

...À la révolte libératrice de la gauche ?

Revenons un instant aux mains. S'il est donc courant de privilégier la main droite aux dépens de la main gauche au point d'organiser méthodiquement la paralysie de la main gauche et de sanctionner celles-ceux qui, spontanément ou par esprit de… contradiction, veulent en faire un usage courant, que cet usage soit alternatif, complémentaire (ambidextrie) ou exclusif (l'unidextrie gauchère), il n'en demeure pas moins que l'unidextrie n'a aucun fondement organique et que c'est, au contraire, l'ambidextrie qui est la norme naturelle chez les grands singes.

Même si elle est une gestuelle socialement, culturellement forcée, contrainte, la droiture n'est pas une règle absolue. Dans de nombreux cas, si elle est exclusive, elle peut être paralysante au point d'empêcher de… faire, d'agir. Ainsi, pour tout ce qui relève des travaux manuels, qu'il s'agisse de l'artisanat, de la pêche, de la chasse, de l'agriculture…, l'usage combiné des deux mains est une impérieuse nécessité. De même, de nombreux artistes ne peuvent pratiquer leur art qu'en usant simultanément des deux mains[32].

Dés lors, si la domination de la main droite n'est pas la règle absolue parce que, tout simplement, la normalité, dans bien des actes courants de la vie quotidienne, pour ne pas dire dans tous les actes, est l'usage simultané, complémentaire des deux mains, pourquoi la généralisation de cette asymétrie hiérarchisée devrait-elle être la règle absolue ? pourquoi tout ce qui serait à droite, serait/devrait être supérieur à tout ce qui est à gauche ?

La première critique que l'on peut faire de cette hiérarchisation est évidente : elle est celle de la relativité : droite et gauche participent nécessairement d'une localisation conventionnelle relativement à un point. Que ce point change de lieu ou que ce point n'existe pas et c'en est fini de la bilatéralité droite-gauche !

Mais, puisque l'enjeu est essentiel, vital, allons au-delà de cette (facile) évidence.A cette asymétrie manichéenne qui, en fait, n'est donc que la distinction/opposition du Moi et de l'Autre, on peut opposer cette symétrie inversée qu'est la réflexion du miroir : "ma gauche est ta droite et ta droite est ma gauche". Dès lors, l'Un et l'Autre, s'ils sont toujours différenciés, ne sont plus opposés mais unis dans ce qu'ils ont de commun et qu'ils partagent – ou qu'il leur reste à partager - : l'humanité, l'humanité qui est mon identité comme celle de l'Autre et qui, en même temps, est ma différence comme celle de l'Autre puisque le Je n'est jamais que l'Autre conjugué à mon unicité.

Opposer droite et gauche c'est refuser l'altérité ou, plus exactement, ne la poser que pour la nier, l'anéantir ou, à tout le moins, la rejeter, la refuser. Or, il n'y a de Moi que pour autant qu'il y au AUSSI un non-Moi. Pour paraphraser Descartes : "L'Autre est, donc Je suis" ET "Je suis, donc l'Autre est".

Lors du blocus de Berlin, John Fitzgerald Kennedy, face au mur s'est écrié : "Je suis un berlinois !" tandis qu'en mai-juin 1968 les manifestant(e)s scandaient : "Nous sommes tous des juifs allemands !".Si la gauche est le signe de l'altérité, d'une altérité rejetée, niée, refusée… parce que… anormale alors, contre cette tyrannie de la droite, n'est-il pas du devoir de l'humaniste de lever l'étendard de la révolte libératrice et de revendiquer la gaucherie, ma gaucherie comme affirmation de l'humanité, de mon humanité puisqu'il n'y a d'humanité que dans l'acceptation de l'Autre. Camus disait : "Je me révolte, donc nous sommes !". L'humaniste accompli ne se doit-il pas de dire : "Je me révolte contre la tyrannie de la droite pour que tou(te)s nous puissions être à la fois dans notre identité et dans notre altérité et que, désormais, l'asymétrie cède le pas à la symétrie une symétrie signe et moyen de lien, de partage, de fraternité" ?[33]

Au passage, ne convient-il pas de rappeler à celles-ceux qui se revendiquent de l'humanisme et donc, de la Raison mais aussi du… cœur que le cœur, relativement à soi, est à gauche mais que, face à l'Autre, si mon cœur est bien à ma gauche, celui de l'Autre est bien à ma droite, et réciproquement ?

La F...M... est très attachée à la tradition car, lien avec le passé, en assurant, dans le temps et dans l'espace, la continuité de l'action et de la pensée, elle favorise la transmission de la mémoire collective, du savoir et, in fine, quasi-centre d'union, elle permet d'entretenir égalité et fraternité sans lesquelles il n'y aurait pas de liberté et, partant, de… maçon(ne)s.

Mais il me semble que cet attachement ne doit pas être dogmatique au point qu'elle oublie, notamment en ce qui concerne notamment le G...O...D...F..., qu'elle est "[…] une institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive [ayant pour objet] la recherche de la vérité, l'étude de la morale et la pratique de la solidarité ; [et qu'] elle travaille à l'amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'Humanité. [Qu'] elle a pour principes : la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience"".

En effet, progressive, la F...M..., si elle est bien ancrée dans le passé en ce qu'elle assume pleinement l'héritage, positif et/ou négatif des Ancien(ne)s, n'est pas – ne doit pas être – fétichiste du passé : par la pensée et l'action elle s'inscrit dans le présent pour (mieux) construire l'avenir en conformité avec ses valeurs humanistes.

Or, le symbolisme et donc, aussi, la tradition symbolique font partie intégrante de la démarche maçonnique[34]. Bien que le temple maçonnique soit en dehors du monde profane, la F...M..., parce qu'elle a fait le choix de l'humanisme, est bien – se veut être – en lien étroit avec le monde réel. De ce fait, sa symbolique n'a pas échappé à l'asymétrie duale droite-gauche. Le risque est donc grand que, à l'image de ce qui s'est passé et continue de se passer dans le monde profane, cette asymétrie duale participe, involontairement, d'une représentation manichéenne du monde et que cette reproduction emporte, symboliquement et, pire encore, réellement, la ligne de partage entre le Moi et le non-Moi, entre Moi et l'Autre, autrement dit le rejet de… l'Altérité.

C'est pourquoi, il me semble nécessaire d'interroger la symbolique maçonnique pour s'assurer qu'elle est bien conforme à la conception humaniste qu'a la F...M... du réel et, singulièrement, du réel humain et que, en accordant une (éventuelle) préséance à la droite, elle n'exclut pas la gauche, autrement dit l'Altérité et, ainsi, en reproduisant la vision manichéenne, n'en vienne pas à dénaturer son humanisme au point de le vider de tout sens au point de faire le contraire de ce qu'elle affirme vouloir faire !  

Pour moi, l'humanisme n'est pas seulement une philosophie. Il est aussi une esthétique. Sans esthétisme… pas d'humanisme. L'interrogation de la symbolique maçonnique, quant à son (in)adéquation avec ses principes humanistes, son projet humaniste, ne doit donc pas seulement être philosophique mais également esthétique car :

"L’art commence par la transmutation et continue par la métamorphose. Il n’est pas le vocabulaire de l’homme parlant à Dieu, mais le renouveau perpétuel de la Création. Il est invention de matières en même temps qu’il est invention de formes. Il se construit une physique et une minéralogie. Il enfonce les mains dans les entrailles des choses pour leur donner la figure qui lui plaît. Il est d’abord artisan et alchimiste. Il besogne en tablier de cuir, comme un forgeron. Il a les paumes noires et déchirées, à force de se mesurer avec ce qui pèse et ce qui brûle. Elles précèdent l’homme, ces mains puissantes, dans les violences et dans les astuces de l’esprit".

Henri Focillon in "Éloge de la main".

 

Additif

 

Chanson de Danielle Messia.

 

Je t'écris de la main gauche

Celle qui n'a jamais parlé

Elle hésite elle est si gauche

Que je l'ai toujours cachée

 

Je la mettais dans ma poche

Et là elle broyait du noir

Elle jouait avec les croches

et s'inventait des histoires

 

Je t'écris de la main gauche

Celle qui n'a jamais compté

C'est elle qui faisait les fautes

Du moins on l'a raconté

 

Je m'efforçais de la taire

Pour trouver le droit chemin

Une vie sans grand mystère

Où on n'se donne pas la main

 

Des mots dans la marge étroite

tout tremblants qui font des dessins

Je me sens si maladroite

Et pourtant je me sens bien

Tiens voilà c'est ma détresse

Tiens voilà c'est la vérité

Je n'ai jamais eu d'adresse

Rien qu'une fausse identité

 

Je t'écris de la main bête

Qui n'a jamais le poing serré

Pour la guerre elle n'est pas prête

Pour le pouvoir n'est pas douée

Voilà que je la découvre

Comme un trésor oublié

Une vue que je retrouve

Pour les sentiers égarés

 

On prend tous la ligne droite

C'est plus court - oh oui ! -c'est plus court

On ne voit pas qu'elle est étroite

Il n'y a plus d'place pour l'amour

Je voulais dire que je t'aime

Sans espoir et sans regret !

Je voulais dire que je t'aime, t'aime

Parce que ça semble vrai.



[1]      D'emblée, on voit toute la relativité de cette convention puisque, de la salle, ce positionnement est… symétriquement inversé !

[2]      Comme le démontre bien la vision manichéenne et simpliste, pour ne pas dire simplette de Bush.

[3]      Le tabou.

[4] Dr J. JACOBS, Onze Rechlshandigheid, Amsterdam , 1892, p. 22 sqq. J. JACKSON, Ambidexterily, Londres, 1905, 25 sqq.

[5]      Bastian et Brown-Sequard, in WILSON , pp. 193-194.

[6]      ROLLET, La taille des grands singes, in Revue scientifique, 1889, p. 198 ; JACKSON, p. 27 sqq., 71.

[7]      JACOBs, pp. 30, 33.

[8]      Au point que pour certain(e)s savant(e)s comme pour certain(e)s philosophes matière et anti-matière sont indissociables et qu'il ne peut y avoir de matière que parce qu'il y a AUSSI de l'anti-matière.

[9]  Ou, plus exactement, le sociétal.

[10]    On trouvera plus bas plusieurs exemples de cette confusion nécessaire : voir ce qui est dit ci-dessous de la classe intérieure, de la terre, de la femme, du côté gauche.

[11]    Qui peut être celle du… fou.

[12]    Du point de vue anthropologique, les croyances primitives, même extrêmement ritualisées, constituent des cosmogonies et non, à proprement parler des religions.

[13]    Il convient d'atténuer cette réversibilité de la dualité primitive dans la mesure où, souvent, les femmes et les enfants sont condamné(e)s à vivre dans le cercle profane, celui du sacré leur étant interdit, sauf par la voie de l'initiation pour les seconds.

[14]    Cf. les… vilain(e)s de la féodalité.

[15]  Ibidem.

[16]    Dont l'illustration la plus achevée de nos jours est celle de la pensée et, a fortiori, de la politique bushienne.

[17]    La dualité droite-gauche est bien présente chez les peuples primitifs. Ainsi, par exemple, c'est toujours le côté droit face au centre et le côté gauche face à l'extérieur que l'on accomplit les circonvolutions cérémonielles. De même, c'est avec la main droite que l'on doit toucher les totems masculins et de la main gauche les totems féminins ; par souci de parallélisme des formes, sans véritable r préconçu ou préjugé de valeur. Toutefois, essentiellement manuels, les peuples primitifs utilisent naturellement leurs deux mains pour l'accomplissement de leurs tâches courantes : artisanat, chasse, pêche, agriculture…, attestant ainsi d'une véritable permanence de l'ambidextrie des grands singes et des pré-hominidés. Dans de telles cultures circulaires où toute harmonie est d'équilibre dialectique, les gaucher(e)s ont toute leur place et ne font l'objet d'aucune discrimination particulière.

[18]    En terme de signification comme d'orientation.

[19]    Robert Hertz. Ibidem.

[20]    Toujours dans le domaine sémantique, il existe une autre constante : celle de l'unicité et de la stabilité, dans le temps et dans l'espace, du terme désignant l'idée "droite" et celle de la multiplicité des dénominations de l'idée "gauche" au point que certains auteurs, relèvent que, souvent, cette dernière n'est conceptualisée que par euphémisme, symbolisme, image; allusion… et que ce travestissement sémantique ne peut s'expliquer que par le fait que l'idée même "droite" est tabou et qu'elle ne peut donc pas être nommée, invoquée directement ! ["Ne pouvant changer la chose, on en change le nom, dans l'espoir d'abolir ou d'atténuer le mal". Robert Hertz].

[21]    Ibidem.

[22]    Dans son acception générique et pas seulement maçonnique. Et, inversement, on entre du pied gauche dans les lieux hantés par les djinns (LANE, Modern Egyptians, p. 308).

[23]    Un adultère, rappelons-le, est un mariage conclu de la main… gauche !

[24]    Rappelons que c'est avec une côte gauche d'Adam que dieu a créé Eve. Ainsi, celle-ci est vouée à être un être inférieur parce qu'elle est a été fabriquée à partir d'une partie vile de la créature divine.

[25]    Prescription vestimentaire du XVIIIème siècle. De même, le monocle se met sur l'œil droit, le jumelles de théâtre se tiennent de la main droite…

[26]    MARTENE, De antiquis Ecclesiœ- ritibus, II, p. 82 ; cf. Middoth, in SIMPTON, P. 142 sqq.

[27]    Si dans l'hémisphère nord, l'eau de l'évier s'écoule en tourbillonnant de droite à gauche, c'est dans le sens contraire qu'elle le fait dans l'hémisphère sud. On voit donc qu'il n'y a de bonne circonvolution que culturellement et non naturellement.

[28]    Dans la double acception de signification et d'orientation.

[29]    Au sens de couple.

[30]    Tout ce qui échappe à l'appréhension sensorielle du nouveau né n'est pas (ou plus). Le hochet qui tombe du berceau cesse d'exister. Le non-Moi du bébé est donc, en définitive, le… néant.

[31]    Toute chose étant relative, le hasard de la nomination des choses aurait très bien pu appeler gauche la droite et droite la gauche. Le raisonnement tenu ici ne fait donc aucunement référence à l'acception politique de ces deux idées.

[32]    La primauté accordée à la main droite est à rapprocher à la préséance accordée aux métiers dits intellectuels par rapport aux métiers manuels.

[33] Sylvie Aebischer : "Mon travail se comprend, je crois, d'abord comme une "critique d'une mort annoncée"... On parlait déjà de la droite et de la gauche comme de notions archaïques et dépassées dans les années 20. On parle un peu trop vite lorsqu'on enterre ces notions sans réfléchir aux mots avec lesquels les gens continuent de penser la politique. Or nous pensons en mode binaire, et il est difficile de dépasser ses propres structures de pensée. Ce que j'ai essayé de montrer est qu'il ne faut pas réduire le clivage droite-gauche à une opposition de valeurs figées, et qu'il s'agit de termes efficaces pour organiser une vision du monde. En pensant en termes de droite et gauche, nous projetons sur la vie politique et sociale une interprétation binaire des choses : le clivage droite-gauche est une sorte de raccourci qui nous permet de traduire simplement la complexité du monde. Chacun se forge une compréhension personnalisée de ces notions en fonction de ses valeurs de référence, mais il ne la fait pas ex nihilo, et on observe forcément une certaine sédimentation culturelle du contenu des notions.  L'opposition la plus représentative aujourd'hui du clivage droite-gauche est difficile à exprimer, la gauche de Chevènement n'est pas celle de Besancenot, ni celle de Jospin . On peut tout de même avancer que pour quelqu'un de gauche elle correspondra généralement à l'opposition entre politiques sociales et libérales. Quelqu'un de droite la traduira plutôt en termes de sens de l'effort et de la responsabilité au regard d'une logique d'assistanat. Dans les deux cas, on observe une stigmatisation de l'autre et dans une certaine mesure, on peut dire que le clivage droite-gauche recoupe l'asymétrie Moi / Autrui sur le modèle de l'opposition entre le Bien et le Mal". [Souligné par moi, JC].

[34]    "La F...M... est une société initiatique de forme traditionnelle dans laquelle les processus symboliques jouent un rôle essentiel bien que non exclusif [Souligné par moi, JC]. […] [L'initiation] est un processus par lequel le Maçon prend conscience de ce qu'il est réellement et accède ainsi à la véritable liberté dans ses pensées et ses actes. […] Le caractère traditionnel de la Maçonnerie signifie non pas asservissement au passé, mais transmission d'un but commun et permanent – l'initiation – ainsi qu'une méthode [Souligné par moi, JC] pour y parvenir, méthode dont un élément important est précisément l'utilisation d'un "matériel" symbolique déterminé, constitué d'objets, de paroles, de gestes et d'actes. [… La symbolique maçonnique a cinq fonctions] : anti-dogmatique […] ; représentative […] ; projective […] ; éducative […] ; égalitaire". Extrait du "livre de l'Apprenti – Instruction pour le premier grade symbolique" du G...O...D...F...


Pour revenir à la rubrique "Droits des humains" :

Pour revenir au Plan du site :

Pour revenir à la page d'accueil :