Droite et
gauche ou droite contre gauche ?
De la tyrannie
de la droite à la révolte libératrice de la gauche.
A ce mineur, manuel
s'il en fût, qui m'offrit le dernier morceau de charbon extrait de la mine à
ciel ouverte de Carmaux et qui m'apprit que les mains ont cette particularité
de faire non l'homme (ou la femme) mais l'humain car elles sont, par excellence,
l'outil du partage.
"Elles ne sont pas un couple
de jumeaux passivement identiques. Elles ne se distinguent pas non plus l’une
de l’autre comme la cadette et l’aînée ou comme deux filles aux dons inégaux,
l’une rompue à toutes les adresses, l’autre, serve engourdie dans la
monotone pratique des gros travaux. Je ne crois pas absolument à l’éminente
dignité de la droite. Si la gauche lui manque, elle entre dans une solitude
difficile et presque stérile. La gauche, cette main qui désigne injustement le
mauvais côté de la vie, la portion sinistre de l’espace, celle où il ne
faut pas rencontrer le mort, l’ennemi ou l’oiseau, elle est capable de
s’entraîner à remplir tous les devoirs de l’autre. Construite comme
l’autre, elle a les mêmes aptitudes, auxquelles elle renonce pour l’aider.
Serre-t-elle moins vigoureusement le tronc de l’arbre, le manche de la hache ?
Étreint-elle avec moins de force le corps de l’adversaire ? A-t-elle
moins de poids quand elle frappe ? Sur le violon n’est-ce pas elle qui
fait les notes, en attaquant directement les cordes, tandis que, par l’intermédiaire
de l’archet, la droite ne fait que propager la mélodie ? C’est un
bonheur que nous n’ayons pas deux mains droites. Comment se répartirait la
diversité des tâches ? Ce qu’il y a de "gauche" dans la main
gauche est assurément nécessaire à une civilisation supérieure ; elle
nous relie au passé vénérable de l’homme, alors qu’il n’était pas trop
habile, encore loin de pouvoir faire, selon le dicton populaire, "tout ce
qu’il veut de ses dix doigts". S’il en était autrement, nous serions
submergés par un affreux excès de virtuosité. Nous aurions sans doute poussé
à ses limites extrêmes l’art des jongleurs - et probablement rien de plus".
Henri Focillon, "Éloge de
la main".
"Quelle ressemblance plus parfaite que celle de nos deux mains! Et
pourtant, quelle inégalité plus criante ! À la main droite vont les
honneurs, les désignations flatteuses, les prérogatives : elle agit, elle
ordonne, elle prend. Au contraire, la main gauche est méprisée et réduite au
rôle d'humble auxiliaire : elle ne peut rien par elle-même ; elle
assiste, elle seconde, elle tient. La main droite est le symbole et le modèle
de toutes les aristocraties, la main gauche de toutes les plèbes. Quels sont
les titres de noblesse de la main droite ? Et d'où vient le servage de la
gauche?"
Robert Hertz, "La prééminence
de la main droite. Étude sur la polarité religieuse", in
"Sociologie religieuse et folklore".
"La possession du monde
exige une sorte de flair tactile. […] En
prenant dans sa main quelques déchets du monde, l'homme a pu en inventer un
autre qui est tout de lui. […] Mais
entre esprit et main les relations ne sont pas aussi simples que celles d’un
chef obéi et d’un docile serviteur. L’esprit fait la main, la main fait
l’esprit. Le geste qui ne crée pas, le geste sans lendemain provoque et définit
l’état de conscience. Le geste qui crée exerce une action continue sur la
vie intérieure. La main arrache le toucher à sa passivité réceptive, elle
l’organise pour l’expérience et pour l’action. Elle apprend à l’homme
à posséder l’étendue, le poids, la densité, le nombre. Créant un univers
inédit, elle y laisse partout son empreinte. Elle se mesure avec la matière
qu’elle métamorphose, avec la forme qu’elle transfigure. Éducatrice de
l’homme, elle le multiplie dans l’espace et dans le temps".
Henri Focillon, "Éloge de la main".
Introduction
Ce n'est qu'en 1791, à
l'Assemblée nationale française, que les termes de droite
et de gauche ont pris un sens
politique, la droite et la gauche
désignant depuis les députés qui siègent respectivement à la droite et à
la gauche du Président[1]
et, depuis, par tradition, les conservateurs et, sinon les révolutionnaires, du
moins, les réformistes.
Mais cette dualité
droite/gauche est beaucoup plus ancienne puisqu'elle remonte à l'aube des temps
de la société humaine et qu'elle participe de cette vision primitive du monde, toujours prégnante de nos jours[2]
: la bipolarité, la dichotomie,le manichéisme, qui distinguent/opposent le
bien ET le mal, le haut ET le bas, le centre ET la périphérie… la droite ET
la gauche, le sacré ET le profane, le pur ET l'interdit, le licite ET
l'interdit[3]…,
le "et" ressortissant aussi bien à la complémentarité, l'inhérence
de la totalité différenciée qu'à l'altérité, la substitutivité,
le dilemme, l'opposition…, autrement dit aussi du "ou", voire du
"contre".
Mais de quelle nature
est cette distinction/opposition : naturelle et objective et, en particulier, du
point de vue humain, organique ou bien artificielle et subjective, c'est à dire
humaine, voire… trop humaine ?
Une
bipolarité fondée sur une asymétrie organique originelle ?
Le processus d'hominisation a été
enclenché avec l'émergence de l'homo
erectus. En effet, la stature debout est une véritable rupture avec
l'animalité puisqu'elle a permis, chez les pré-hominidés, la différenciation
des membres supérieurs des membres inférieurs, les premiers devenant les outils
de la préhension et les seconds de la locomotion, et, surtout, l'apparition de
la main qui, avec l'homo fabilis,
consacrera l'autonomie définitive de ce genre à part entière, le genre
humain.
La différenciation des membres supérieurs et inférieurs
– appellations de situation relativement à l'horizontalité et à l'axe médian
du corps et non de qualification morale – ne supposait pas, a priori, une différenciation
des bras et, surtout, des mains droite et gauche et, a fortiori, la dominance de
la main droite sur la main gauche. En effet, si selon certains scientifiques,
l'asymétrie des membres supérieurs et, par conséquent, la prédominance de la
main droite, serait due à l'asymétrie cervicale, la partie gauche du cortex étant
neurologiquement quantitativement et qualitativement plus développée, plus
complexifiée que la partie droite au point que Broca a pu dire : "Nous
sommes droitiers de la main, parce que nous sommes gauchers du cerveau", il
est tout autant scientifiquement fondé de dire que l'asymétrie cervicale est
la conséquence de l'asymétrie des membres supérieurs et que : "Nous
sommes gauchers du cerveau parce que nous sommes droitiers de la main"[4].
Les tenants de ce déterminisme cervical de l'asymétrie
des membres supérieurs arguent notamment du fait que c'est dans l'hémisphère
gauche du cortex que réside le centre du langage articulé, les centres
d'innervation des muscles présidant aux mouvements volontaires… Or, le
langage articulé, au sens humain du terme et non dans sa conception animale de
cri, est sans aucun doute postérieur à l'érection de cet animal appelé à
devenir humain ; dans ces conditions, rien n'établit scientifiquement que l'hémisphère
cortical gauche ait été originellement prééminent. Toujours d'un point de
vue strictement scientifique, et sauf à verser dans le créationnisme, il est
parfaitement admissible que l'asymétrie organique, tant du cerveau que des
membres, soit la résultante du processus d'humanisation et non le préalable.
S'il est évident qu'une corrélation régulière existe
entre la prédominance de la main droite et le développement supérieur du
cerveau gauche dans la mesure où les observations anatomiques, physiologiques,
neurologiques… attestent de ce que l'exercice d'un organe détermine une
nutrition plus abondante et son développement conséquent et que l'activité
plus grande de la main droite implique donc un travail plus intense des centres
nerveux gauches[5].,
rien, dans l'état actuel de nos connaissances, ne permet de dire et, surtout,
de démontre, de ces deux phénomènes, lequel est la cause, lequel est l'effet.
Il est en effet d'autant plus difficile d'établir
scientifiquement une cause organique – un déterminisme - à l'asymétrie des
membres supérieurs et donc de la main droite, que les animaux les plus voisins
de l'homme, les grand singes, sont ambidextres [6].
C'est pourquoi, pour de nombreux auteurs il n'existe pas de fondement anatomique
au privilège de la main droite : la prédominance de la main droite a donc de
fortes chances de ne pas être inhérente à la structure organique du genus homo, mais à des conditions extérieures à l'organisme [7].
Ceci dit, il n'en demeure pas moins qu'il existe une
constante quasi universelle dans le temps et l'espace : la prédominance de la
main droite sur la main gauche comme résultante de cette autre constance : le
primat de la droite sur la gauche. Qu'en est-il exactement ?
De
la tyrannie de la droite...
Pour échapper au devenir et, notamment à la critique,
voire la remise en cause des novateurs, progressistes et autres révolutionnaires,
les hiérarchies sociales prétendent toujours être fondées sur un ordre… naturel.
La prédominance de la droite sur la gauche, dont la prééminence de la main
droite sur la main gauche n'est qu'une illustration-conséquence, se fonderait
donc sur un ordre naturel, une innéité
emportant un déterminisme absolu.
L'Histoire, l'Anthropologie et
l'Ethnologie montrent que, à quelques rares exceptions près, la prépondérance
de la main droite est obligatoire, imposée par la contrainte, garantie par des
sanctions tandis qu'un véritable interdit pèse sur la main gauche et la
paralyse. Cette asymétrie tactile atteste donc d'une véritable institution
sociale, d'une institution ordonnée
et hiérarchisée, c'est-à-dire d'une société d'ordonnancement, de différenciation,
de séparation, de division… Une telle société s'oppose à une société anarchique
qui, en conformité avec la simple observation d'une matérialité évidente
(jour/nuit, positif/négatif, haut/bas…), ne pose pas la symétrie naturelle comme une asymétrie impliquant Et le choix de l'un des
termes ET l'opposabilité d'un terme à l'autre mais, au contraire, comme une
totalité indissociable, indivisible à peine d'anéantir le tout considéré, c'est-à-dire Et la parité ET la paire.
Il est une loi naturelle qui à
toute chose associe, dialectiquement, nécessairement et sans aucune hiérarchisation,
son contraire[8]
et, pourtant, la primauté de la droite sur la gauche est dite… naturelle. Or, s'agissant de la société humaine, et en raison même
du processus d'hominisation qui en construisant
l'humain a produit le social[9],
l'ordre culturel s'est substitué à l'ordre naturel et, en particulier, à
l'animalité. Pour comprendre cette prédominance de la main droite et, plus généralement,
de la droite, il importe donc de retracer la genèse de ce processus particulier
qu'est celui de l'acculturation et,
partant, et concernant aussi bien l'individu que le groupe, de la socialisation. C'est donc l'étude comparée des représentations
collectives (l'anthropologie en général et, en particulier, l'ethnologie et la
sociologie) qui, seule, peu expliquer le privilège aristocratique dont jouit la
droite.
Dans son ouvrage
"Sociologie religieuse et folklore" Robert Hertz remarque que :
"L'antithèse du profane et du sacré reçoit une signification différente
selon la position qu'occupe dans le monde religieux la conscience qui classe et
évalue les êtres. Les puissances surnaturelles ne sont pas toutes du même
ordre : les unes s'exercent en harmonie avec la nature des choses, elles ont un
caractère régulier et auguste qui inspire la vénération et la confiance ;
les autres, au contraire, violent et troublent l'ordre universel et le respect
qu'elles imposent est fait surtout d'aversion et de crainte. Toutes ces énergies
présentent ce trait commun de s'opposer au profane ; pour celui-ci, elles sont
toutes également dangereuses et interdites. Le contact d'un cadavre produit sur
l'être profane les mêmes effets que le sacrilège. En ce sens, Robertson Smith
a eu raison de dire que la notion de tabou enveloppe à la fois le sacré et
l'impur, le divin et le démoniaque. Mais la perspective du monde religieux
change, si on l'envisage non plus du point de vue du profane, mais du point de
vue du sacré. Dès lors, la confusion que signalait Smith n'existe plus : le
chef polynésien, par exemple, sait bien que la religiosité dont est imbu le
cadavre est radicalement contraire à celle qu'il porte en lui. L'impur se sépare
du sacré pour venir se placer au pôle opposé du monde religieux. D'autre
part, le profane ne se définit plus, de ce point de vue, par des caractères
purement négatifs : il apparaît comme l'élément antagoniste, qui, par son
seul contact, dégrade, diminue et altère l'essence des choses sacrées. C'est
un néant, si l'on veut, mais un néant actif et contagieux ; l'influence
mauvaise qu'il exerce sur les êtres doués de sainteté ne diffère que par
l'intensité de celle qui provient des puissances néfastes. Entre la privation
des pouvoirs sacrés et la possession de pouvoirs sinistres la transition est
insensible[10].
Ainsi, dans la classification qui, dès l'origine et de plus en plus, a dominé
la conscience religieuse, il y a affinité de nature et presque équivalence
entre le profane et l'impur ; les deux notions se combinent et forment, par
opposition au sacré, le pôle négatif du monde spirituel".
Ainsi, le dualisme de la pensée
primitive a scellé l'organisation sociale de la société primitive. Dans
l'espace social du peuple primitif – l'espace tribal –, et selon certes une
codification plus ou moins rigoureuse – le rite –, les deux termes de chaque
dualité considérée peuvent pleinement cohabiter, chaque terme ayant de
droit sa place et le grand tout, le monde et le non-monde, c'est-à-dire la nature,
est toujours la somme nécessaire des deux termes de la dualité, autrement dit
un ensemble harmonieux au sens d'équilibré. Il est d'ailleurs intéressant de
noter que le symbole de la totalité primitive, comme matrice et lieu de la Vie,
est le cercle et que toute rupture de ce cercle produit une… droite qui, parce
qu'elle n'a ni début, ni fin, entraîne un déséquilibre autant naturel que
vital qu'il importe de rétablir le plus rapidement possible en… refermant le
cercle brisé. Il est non moins intéressant de relever que, régulièrement,
dans des circonstances bien définies à la fois par le rituel et par la
science-sagesse[11]
acquise de/par la maîtrise de la mémoire et de l'observation, les lignes de
partage de la dualité peuvent être
transgressées, de façon plus ou moins durable, et que cette transgression
primitive de l'ordre naturel a régulièrement ressurgi tout au long de
l'Histoire et continue d'ailleurs toujours de se manifester avec les fêtes (les
fêtes comme les bacchanales, les saturnales, le carnaval…) mais aussi avec
certaines manifestations artistiques (le théâtre en particulier) et que ces
transgressions, licites parce que ritualisées,
se font toujours sous le masque, le maquillage, le déguisement…, c'est-à-dire
aussi bien le travestissement du réel transgressé que la réflexion –
l'inversion donc - du surnaturel.
Avec l'apparition de l'État ET
des religions[12],
l'évolution sociale remplace ce dualisme, complémentaire et, éventuellement,
réversible[13],
par une structure hiérarchique et rigide, un ordre intangible parce que… naturel,
autrement dit de droit, que ce droit soit divin ou monarchique. Ainsi, les
clans, les fratries, les tribus..., séparés mais équivalents en raison du
principe constitutif de la dualité ; la parité -, cèdent progressivement la
place à des castes ou des classes, les unes, supérieures,
sacrées, nobles, vouées aux œuvres d'ordonnancement, de commandement, les
autres, inférieures, profanes, viles[14]
sont condamnées aux œuvres d'exécution, de servilité.
Cette transformation sociale a
pour effet de transformer la dualité primitive en une polarité civilisée qui,
toutefois, continue de revendiquer sa légitimité d'un ordre naturel intangible, immanent, intransgressible.
Toujours selon Robert Hertz[15]
:
"Dans le principe sacré résident les pouvoirs qui conservent et
accroissent la vie, qui donnent la santé, la prééminence sociale, le courage
à la guerre et l'excellence au travail. Au contraire, le profane (en tant qu'il
fait incursion dans le monde sacré), l'impur sont essentiellement débilitants
et léthifères ; c'est de ce côté que viennent les influences funestes qui
oppriment, amoindrissent, gâtent les êtres. Ainsi, d'une part, le pôle de la
force, du bien, de la vie ; d'autre part, le pôle de la faiblesse, du mal,
de la mort. Ou si l'on préfère une terminologie plus récente, d'un côté les
dieux, de l'autre les démons".
Ainsi, la polarité et, plus
exactement, la bipolarité de la société humaine moderne relève toujours,
d'une certaine manière, de la dualité, mais d'une dualité particulière : une
dualité ordonnée, hiérarchisée, im-paire,
inégale, oppositionnelle, conflictuelle, antagonique… qui n'a plus la
complexité dialectique de la dualité primitive, mais la simplicité de la
binarité informatique : le manichéisme[16].
C'est dans le contexte de cette manichéisation
de l'ap-préhension du monde, que se situe l'instauration de la prédominance de
la main droite sur la main gauche et, plus généralement, et au sens premier de
localisation, de la droite sur la gauche[17].
Certains auteur(e)s ont tenté
de donner une explication objective et donc scientifique, rationnelle à cette
primauté de la droite en la considérant comme le prolongement des cultes
solaires primitifs puisque le soleil se lève à l'Est – la droite – et se
couche à l'Ouest – la gauche -. Ce faisant, sans le vouloir, ces auteurs démontrent
la culturalité de cette primauté et donc sa relativité dans la mesure où les
notions et les repères d'Ouest et d'Est et donc de droite et de gauche n'ont de
sens que relativement à un troisième point, le Nord ! Ils prouvent donc non un
phénomène naturel mais un fait culturel, non une loi mais un impératif !
D'autres, ont voulu y voir la résurgence
de la dualité sexuée originelle des cosmogonies primitives, le féminin et le
masculin, sans pour autant démonter en quoi cette dualité explique
à la fois l'assimilation de gauche au masculin et de la droite au féminin
au masculin d'une part et, d'autre part, l'infériorité de la première et la
supériorité de la seconde.
Si, dans l'état actuel de nos
connaissances scientifiques, rien ne peut démontrer ET l'inéluctabilité de l'unidextrie
comme inhérente, d'un point de vue anatomique, neurologique, physiologique…
au processus même de l'hominisation, ET la prédominance de la main droite sur
la main gauche, et si, en matière de localisation, non relativement à soi
mais, in abstracto, dans l'univers,
les notions de droite et de gauche – comme celles, d'ailleurs, de haut et de
bas, n'ont pas de sens[18],
il n'en demeure pas moins que "La façon différente dont la conscience
collective envisage et estime la droite et la gauche apparaît clairement dans
le langage[19]"
et qu'il existe une constante sémantique universelle, celle de la prédilection
accordée à la droite aux dépens de la gauche, qu'il s'agisse de la main en
particulier, ou de la localisation en général et, a fortiori, de la symbolique[20].
La simple consultation d'un
dictionnaire fait apparaître que :
L'illustration la plus frappante
et aussi la plus immédiate de la préséance de la droite sur la gauche est
bien entendu celle de la main mais également du pied : c'est de la main droite
que l'on salue ; c'est la main droite que l'on sert ou que l'on baise ; on se
signe de la main droite mais on maudit, blasphème, œuvre en sorcellerie… de
la main gauche ; c'est avec la main droite que l'on écrit, signe, prête
serment ; on se contrit pour implorer le pardon divin en se frappant le côté
gauche de la poitrine avec la main droite ; on bénit de la main droit ; c'est
la main droite que l'on pose sur la personne à laquelle on accorde sa
protection ; les hommes s'éventent de la main droite et les femmes de la main
gauche ; pour bien se lever, il faut se lever du pied droit et inversement ;
c'est du pied droit que l'on se doit d'entrer dans le temple[22]
; c'est de la main droite qu'il faut cogner la porte que l'on souhaite se faire
ouvrir ; c'est la main droite que la future épouse donne à son futur époux[23]
; comme le dit l'adage, la main gauche, souvent, défait ce que la main droite a
eu tant de mal à faire ; partir d'un bon pied et d'un bon œil, c'est partir du
côté droit[24]
; les toasts sont portés de la main droite ; les emblèmes monarchiques et
religieux se portent sur le côté droit ; c'est la main droite, signe-siège de
virilité, de bravoure, de loyauté… qui doit tenir l'épée quand la main
droite, image féminine de la défense, de la passivité, ne peut que porter que
le bouclier ; souvent, les futurs initiés sont interdis de l'usage de la main
droite jusqu'à leur initiation ; l'honnête homme, l'homme de bien porte à
droite quand le libertin, l'homme immoral porte à gauche[25]
; bien entendu, la main droite est
celle de dieu, du souverain, du héros, de l'ami… quand celle de gauche est
celle du diable, du rebelle, du traître, de l'ennemi…
Mais elle tout aussi évidente
dans les multiples localisations
sociales : la place de l'hôte d'honneur, de l'ami, du confident… est à
droite ; l'élu siège à la droite de dieu ; l'orient et le midi sont à droite
quand l'occident et le septentrion sont à gauche ; une franche accolade
commence toujours par la joue ou l'épaule droite et celui-celle qui
commencerait par l'autre côté atteste de mauvaises intentions ;le passage d'un
animal (oiseau, lièvre…) de droite à gauche est de bonne augure et de
mauvais présage dans le sens contraire ; les aiguilles de l'horloge marquent le
temps de droite à gauche et c'est dans ce sens que se fait la ronde quand, dans
le sens contraire, celle-ci devient sabbatique, démoniaque ; le ruban tricolore
de Marianne est posé de la droite vers la gauche, c'est-à-dire du haut vers le
bas ; c'est par le côté droit d'un navire qu'il convient de monter à bord et
c'est de son côté gauche que l'on jette les dépouilles des marins; le paradis
est à droite (et/ou en bas) et l'enfer à gauche (et/ou en bas) ; c'est par la
porte gauche que les pêcheurs sont expulsés de l’Église [26]
; dans le théâtre classique, l'acteur entre par la droite et sort par la
gauche …[27]
Dans ne nombreuses langues de
signes : la main droite désigne le moi, la gauche le non-moi ; pour évoquer
l'idée de haut, la main droite est élevée au-dessus de la gauche, qui est
tenue horizontale et immobile, tandis que l'idée de bas s'exprime en abaissant
la main gauche au-dessous de la droite ; la main droite levée signifie
bravoure, puissance, virilité ; la main droite main, portée vers la gauche et
au-dessous de la main gauche, évoque, selon les cas, les idées de mort, de
destruction, d'enterrement…
Ainsi, forme par excellence de
la géométrie, la droite est le signe, le symbole de la rectitude, de la
noblesse, de la bonté, de la justice… quand la gauche est celui de la
fourberie, du mensonge, de la trahison, de la bassesse… Pour Robert Hertz, la
dualité primitive droite-gauche est donc devenue une dichotomie : "La
droite est le dedans, le fini, le bien-être et la paix assurés ; la gauche est
le dehors, l'infini, l'hostile, la perpétuelle menace du mal".
De même qu'il n'y avait aucun
fondement organique à l'unidextrie de l'homo
sapiens, dans le cosmos droite et gauche
n'ont aucun… sens[28]
et la parité[29]
naturelle, si elle est universelle, n'implique ni localisation,
ni hiérarchisation des termes. Dans la nature
les deux termes d'un couple ne sont pas localisés, orientés et, a fortiori, hiérarchisés.
La parité naturelle, si elle atteste
bien d'une indissociable complémentarité, éventuellement dialectiquement
antagonique, n'est en rien une lutte du bien contre le bien,
du vrai contre le faux, du positif
contre le négatif… Elle est le processus vital de toute chose. Elle est la vie à l'état brut.
Sans dualité, pas de vie.
Dans la société humaine, cette
dualité naturelle est devenue, avec l'émergence de l'État et de la religion,
une dichotomie parce qu'elle participe d'une explication artificielle du réel, du monde en ce qu'elle situe l'origine de la
vie non dans la vie elle-même, non dans le monde mais dans un ailleurs,
une supra-nature, qui, démiurge, refait le monde en fonction de la représentation
qu'en ont les humains. Le manichéisme n'est jamais que le jugement culturel que
les humains portent sur un phénomène naturel sans
valeur, amoral : la dualité. Cette explication n'est pas seulement réductrice,
elle est lourde de conséquence puisqu'à l'ordre naturel elle substitue un
ordre artificiel qui n'est pas celui de la complémentarité mais de
l'antagonisme. Il est le désenchantement
originel du monde dans la mesure où, en humanisant le réel par la vision
interprétative qu'en font les humains, il rompt avec l'unité originel, il
assigne à résidence toute chose, à commencer par les humains (individus et
groupes) et, par là, rompt le cercle de l'équilibre cosmogonique des primitifs
pour le remplacer par une droite, une droite qui est une ligne de… partage au
sens de fracture, de dissension, d'opposition et non pas/plus d'échange, de
permutabilité, de complémentarité.
La référence que fait le
manichéisme à la dualité naturelle n'est pas seulement une commodité, comme
peut l'être le conventionnement de la géométrisation de l'espace, il est une réinvention
du monde, une dé-naturalisation, une
ab-straction , une re-composition…,
bref un ordonnancement du réel. Il est l'assujettissement de la nature à la
culture. Il est la légitimation d'un ordre, un ordre d'essence morale,
politique, sociétale…, bref culturelle. C'est pourquoi, Robert Hertz a pu
dire : " Si l'asymétrie organique n'avait pas existé, il aurait fallu
l'inventer".
A y regarder de plus près, d'un
point de vue anthropologique et… philosophique, la représentation manichéenne
du réel est la tentative, autant désespérée et prétentieuse que vaine et
inutile, de l'individu, tragiquement
solitaire pour maîtriser le monde, la vie à l'effet non seulement d'échapper
à sa condition naturelle, qui est celle de la mortalité, mais, d'abord, de se signifier,
c'est-à-dire de se situer dans le continuum espace-temps.
Cette conscientisation du monde ressortit donc à l'appréhension la plus
élémentaire, première, immédiate,
fondamentale du monde qui est celle du nouveau né et qui au Moi oppose le non-Moi, c'est-à-dire… tout le reste et donc, le monde[30].
Mais, autant pour le primitif, le Moi, individuel ou collectif, n'est que pour
autant qu'il se situe dans le non-Moi, autant pour le moderne
le Moi, individuel ou collectif toujours, n'est que pour autant qu'il s'oppose
au non-Moi, autrement dit que le Moi rejette, expulse le non-Moi.
On voit donc que la prépondérance
de la main droite sur la main gauche et, plus généralement de la droite sur la
gauche[31]
n'est pas seulement une affaire d'ambidextrie ou d'unidextrie, d'assymétrie…
mais bien d'une… conception du
monde, d'une philosophie de la vie. L'enjeu est donc de taille car il y va peutêtre
– et, de mon point de vue, sans doute – de la survie et du monde humain, et
du monde… naturel…
...À
la révolte libératrice de la gauche ?
Revenons un instant aux mains.
S'il est donc courant de privilégier
la main droite aux dépens de la main gauche au point d'organiser méthodiquement
la paralysie de la main gauche et de sanctionner celles-ceux qui, spontanément
ou par esprit de… contradiction, veulent en faire un usage courant, que cet
usage soit alternatif, complémentaire (ambidextrie) ou exclusif (l'unidextrie
gauchère), il n'en demeure pas moins que l'unidextrie n'a aucun fondement
organique et que c'est, au contraire, l'ambidextrie qui est la norme naturelle
chez les grands singes.
Même si elle est une gestuelle
socialement, culturellement forcée, contrainte, la droiture n'est pas une règle absolue. Dans de nombreux cas, si elle
est exclusive, elle peut être paralysante au point d'empêcher de… faire,
d'agir. Ainsi, pour tout ce qui relève des travaux
manuels, qu'il s'agisse de l'artisanat, de la pêche, de la chasse, de
l'agriculture…, l'usage combiné des deux mains est une impérieuse nécessité.
De même, de nombreux artistes ne peuvent pratiquer leur art qu'en usant
simultanément des deux mains[32].
Dés lors, si la domination de
la main droite n'est pas la règle absolue parce que, tout simplement, la normalité,
dans bien des actes courants de la vie quotidienne, pour ne pas dire dans tous
les actes, est l'usage simultané, complémentaire des deux mains, pourquoi la généralisation
de cette asymétrie hiérarchisée devrait-elle être la règle absolue ?
pourquoi tout ce qui serait à droite,
serait/devrait être supérieur à
tout ce qui est à gauche ?
La première critique que l'on
peut faire de cette hiérarchisation est évidente : elle est celle de la
relativité : droite et gauche participent nécessairement d'une localisation
conventionnelle relativement à un point. Que ce point change de lieu
ou que ce point n'existe pas et c'en est fini de la bilatéralité droite-gauche
!
Mais, puisque l'enjeu est
essentiel, vital, allons au-delà de cette (facile) évidence.A cette asymétrie
manichéenne qui, en fait, n'est donc que la distinction/opposition du Moi et de
l'Autre, on peut opposer cette symétrie inversée qu'est la réflexion du
miroir : "ma gauche est ta droite et ta droite est ma gauche". Dès
lors, l'Un et l'Autre, s'ils sont toujours différenciés, ne sont plus opposés
mais unis dans ce qu'ils ont de commun et qu'ils partagent – ou qu'il leur
reste à partager - : l'humanité, l'humanité qui est mon identité comme celle
de l'Autre et qui, en même temps, est ma différence comme celle de l'Autre
puisque le Je n'est jamais que l'Autre conjugué à mon unicité.
Opposer droite et gauche c'est refuser l'altérité ou,
plus exactement, ne la poser que pour la nier, l'anéantir ou, à tout le moins,
la rejeter, la refuser. Or, il n'y a de Moi que pour autant qu'il y au AUSSI un
non-Moi. Pour paraphraser Descartes : "L'Autre est, donc Je suis" ET
"Je suis, donc l'Autre est".
Lors du blocus de Berlin, John Fitzgerald Kennedy, face
au mur s'est écrié : "Je
suis un berlinois !" tandis qu'en mai-juin 1968 les manifestant(e)s
scandaient : "Nous sommes tous des juifs allemands !".Si la gauche
est le signe de l'altérité, d'une altérité rejetée, niée, refusée…
parce que… anormale alors, contre
cette tyrannie de la droite, n'est-il pas du devoir de l'humaniste de lever l'étendard
de la révolte libératrice et de revendiquer la gaucherie,
ma gaucherie comme affirmation de l'humanité, de mon
humanité puisqu'il n'y a d'humanité que dans l'acceptation de l'Autre. Camus
disait : "Je me révolte, donc nous sommes !". L'humaniste accompli ne se
doit-il pas de dire : "Je me révolte contre la tyrannie de la droite pour
que tou(te)s nous puissions être à la fois dans notre identité et dans notre
altérité et que, désormais, l'asymétrie cède le pas à la symétrie une symétrie
signe et moyen de lien, de partage, de fraternité" ?[33]
Au passage, ne convient-il pas de rappeler à celles-ceux qui se revendiquent de l'humanisme et donc, de la Raison mais aussi du… cœur que le cœur, relativement à soi, est à gauche mais que, face à l'Autre, si mon cœur est bien à ma gauche, celui de l'Autre est bien à ma droite, et réciproquement ?
La F...M...
est très attachée
à la tradition car, lien avec le passé, en assurant, dans le temps et dans
l'espace, la continuité de l'action et de la pensée, elle favorise la
transmission de la mémoire collective, du savoir et, in
fine, quasi-centre d'union, elle permet d'entretenir égalité et fraternité
sans lesquelles il n'y aurait pas de liberté et, partant, de… maçon(ne)s.
Mais il me semble que cet attachement
ne doit pas être dogmatique au point qu'elle oublie, notamment en ce qui
concerne notamment le G...O...D...F...,
qu'elle est "[…] une institution essentiellement philanthropique,
philosophique et progressive [ayant pour objet] la recherche de la vérité, l'étude
de la morale et la pratique de la solidarité ; [et qu'] elle travaille à l'amélioration
matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'Humanité.
[Qu'] elle a pour principes : la tolérance mutuelle, le respect des autres et
de soi-même, la liberté absolue de conscience"".
En effet, progressive, la F...M...,
si elle est bien ancrée dans le passé en ce qu'elle assume pleinement l'héritage,
positif et/ou négatif des Ancien(ne)s, n'est pas – ne doit pas être – fétichiste
du passé : par la pensée et l'action elle s'inscrit dans le présent pour
(mieux) construire l'avenir en conformité avec ses valeurs humanistes.
Or, le symbolisme et donc, aussi, la tradition symbolique font partie intégrante
de la démarche maçonnique[34].
Bien que le temple maçonnique soit en
dehors du monde profane, la F...M...,
parce qu'elle a fait le choix de l'humanisme, est bien – se veut être – en
lien étroit avec le monde réel. De ce fait, sa symbolique n'a pas échappé à
l'asymétrie duale droite-gauche. Le risque est donc grand que, à l'image
de ce qui s'est passé et continue de se passer dans le monde profane,
cette asymétrie duale participe, involontairement, d'une représentation manichéenne
du monde et que cette reproduction emporte, symboliquement et, pire encore, réellement,
la ligne de partage entre le Moi et le non-Moi, entre Moi et l'Autre, autrement
dit le rejet de… l'Altérité.
C'est pourquoi, il me semble nécessaire d'interroger la symbolique maçonnique
pour s'assurer qu'elle est bien conforme à la conception humaniste qu'a la F...M...
du réel et, singulièrement, du réel humain et que, en accordant une (éventuelle)
préséance à la droite, elle n'exclut pas la gauche, autrement dit l'Altérité
et, ainsi, en reproduisant la vision manichéenne,
n'en vienne pas à dénaturer son humanisme au point de le vider de tout sens au
point de faire le contraire de ce qu'elle affirme vouloir faire !
Pour moi, l'humanisme n'est pas
seulement une philosophie. Il est aussi une esthétique. Sans esthétisme… pas
d'humanisme. L'interrogation de la symbolique maçonnique, quant à son (in)adéquation
avec ses principes humanistes, son projet humaniste, ne doit donc pas seulement
être philosophique mais également esthétique car :
"L’art commence par la transmutation et continue par la métamorphose.
Il n’est pas le vocabulaire de l’homme parlant à Dieu, mais le renouveau
perpétuel de la Création. Il est invention de matières en même temps qu’il
est invention de formes. Il se construit une physique et une minéralogie. Il
enfonce les mains dans les entrailles des choses pour leur donner la figure qui
lui plaît. Il est d’abord artisan et alchimiste. Il besogne en tablier de
cuir, comme un forgeron. Il a les paumes noires et déchirées, à force de se
mesurer avec ce qui pèse et ce qui brûle. Elles précèdent l’homme, ces
mains puissantes, dans les violences et dans les astuces de l’esprit".
Henri Focillon in "Éloge de la main".
Additif
Chanson
de Danielle Messia.
Je
t'écris de la main gauche
Celle
qui n'a jamais parlé
Elle
hésite elle est si gauche
Que
je l'ai toujours cachée
Je
la mettais dans ma poche
Et
là elle broyait du noir
Elle
jouait avec les croches
et
s'inventait des histoires
Je
t'écris de la main gauche
Celle
qui n'a jamais compté
C'est
elle qui faisait les fautes
Du
moins on l'a raconté
Je
m'efforçais de la taire
Pour
trouver le droit chemin
Une
vie sans grand mystère
Où
on n'se donne pas la main
Des
mots dans la marge étroite
tout
tremblants qui font des dessins
Je
me sens si maladroite
Et
pourtant je me sens bien
Tiens
voilà c'est ma détresse
Tiens
voilà c'est la vérité
Je
n'ai jamais eu d'adresse
Rien
qu'une fausse identité
Je
t'écris de la main bête
Qui
n'a jamais le poing serré
Pour
la guerre elle n'est pas prête
Pour
le pouvoir n'est pas douée
Voilà
que je la découvre
Comme
un trésor oublié
Une
vue que je retrouve
Pour
les sentiers égarés
On
prend tous la ligne droite
C'est
plus court - oh oui ! -c'est plus court
On
ne voit pas qu'elle est étroite
Il
n'y a plus d'place pour l'amour
Je
voulais dire que je t'aime
Sans
espoir et sans regret !
Je
voulais dire que je t'aime, t'aime
Parce
que ça semble vrai.
[1]
D'emblée, on voit toute la relativité de
cette convention puisque, de la salle, ce positionnement est… symétriquement
inversé !
[2]
Comme le démontre bien la vision manichéenne
et simpliste, pour ne pas dire simplette de Bush.
[3]
Le tabou.
[4]
Dr J. JACOBS, Onze Rechlshandigheid,
[5]
Bastian et
Brown-Sequard, in
[6]
ROLLET, La taille des grands singes, in Revue
scientifique, 1889, p. 198 ; JACKSON, p. 27 sqq., 71.
[7]
JACOBs, pp.
30, 33.
[8]
Au point que pour certain(e)s savant(e)s comme pour
certain(e)s philosophes matière et anti-matière sont indissociables et
qu'il ne peut y avoir de matière que parce qu'il y a AUSSI de l'anti-matière.
[9]
Ou, plus exactement, le sociétal.
[10]
On trouvera plus bas plusieurs exemples de cette
confusion nécessaire : voir ce qui est dit ci-dessous de la classe intérieure,
de la terre, de la femme, du côté gauche.
[11]
Qui peut être celle du… fou.
[12]
Du point de vue anthropologique, les croyances primitives, même extrêmement ritualisées, constituent
des cosmogonies et non, à proprement parler des religions.
[13]
Il convient d'atténuer cette réversibilité de la
dualité primitive dans la mesure où, souvent, les femmes et les enfants
sont condamné(e)s à vivre dans le cercle profane, celui du sacré leur étant
interdit, sauf par la voie de l'initiation pour les seconds.
[14]
Cf. les… vilain(e)s
de la féodalité.
[15]
Ibidem.
[16]
Dont l'illustration la plus achevée de nos jours est
celle de la pensée et, a fortiori, de la politique bushienne.
[17]
La dualité droite-gauche est bien présente chez les
peuples primitifs. Ainsi, par exemple, c'est toujours le côté droit face
au centre et le côté gauche face à l'extérieur que l'on accomplit les
circonvolutions cérémonielles. De même, c'est avec la main droite que
l'on doit toucher les totems masculins et de la main gauche les totems féminins
; par souci de parallélisme des formes, sans véritable r préconçu ou préjugé
de valeur. Toutefois, essentiellement manuels,
les peuples primitifs utilisent naturellement
leurs deux mains pour l'accomplissement de leurs tâches courantes :
artisanat, chasse, pêche, agriculture…, attestant ainsi d'une véritable
permanence de l'ambidextrie des grands singes et des pré-hominidés. Dans
de telles cultures circulaires où
toute harmonie est d'équilibre dialectique, les gaucher(e)s ont toute leur
place et ne font l'objet d'aucune discrimination particulière.
[18]
En terme de signification comme d'orientation.
[19]
Robert Hertz. Ibidem.
[20]
Toujours dans le domaine sémantique, il existe une autre
constante : celle de l'unicité et de la stabilité, dans le temps et dans
l'espace, du terme désignant l'idée "droite" et celle de la
multiplicité des dénominations de l'idée "gauche" au point que
certains auteurs, relèvent que, souvent, cette dernière n'est conceptualisée
que par euphémisme, symbolisme, image; allusion… et que ce travestissement
sémantique ne peut s'expliquer que par le fait que l'idée même
"droite" est tabou et qu'elle ne peut donc pas être nommée,
invoquée directement ! ["Ne pouvant changer la chose, on en change le
nom, dans l'espoir d'abolir ou d'atténuer le mal". Robert Hertz].
[21]
Ibidem.
[22]
Dans son acception générique et pas seulement maçonnique.
Et, inversement, on entre du pied gauche dans les lieux hantés par les
djinns (LANE, Modern Egyptians, p. 308).
[23]
Un adultère, rappelons-le, est un mariage conclu de la
main… gauche !
[24]
Rappelons que c'est avec une côte gauche d'Adam que dieu
a créé Eve. Ainsi, celle-ci est vouée à être un être inférieur parce
qu'elle est a été fabriquée à partir d'une partie vile de la créature
divine.
[25]
Prescription vestimentaire du XVIIIème siècle. De même, le monocle
se met sur l'œil droit, le jumelles de théâtre se tiennent de la main
droite…
[26]
MARTENE, De antiquis
Ecclesiœ- ritibus, II, p. 82 ; cf. Middoth, in SIMPTON, P. 142 sqq.
[27]
Si dans l'hémisphère nord, l'eau de l'évier s'écoule
en tourbillonnant de droite à gauche, c'est dans le sens contraire qu'elle
le fait dans l'hémisphère sud. On voit donc qu'il n'y a de bonne circonvolution que culturellement et non naturellement.
[28]
Dans la double acception de signification et
d'orientation.
[29]
Au sens de couple.
[30]
Tout ce qui échappe à l'appréhension sensorielle du
nouveau né n'est pas (ou plus). Le hochet qui tombe du berceau cesse
d'exister. Le non-Moi du bébé est donc, en définitive, le… néant.
[31]
Toute chose étant relative, le hasard
de la nomination des choses aurait très bien pu appeler gauche la droite et
droite la gauche. Le raisonnement tenu ici ne fait donc aucunement référence
à l'acception politique de ces deux idées.
[32]
La primauté accordée à la main droite est à
rapprocher à la préséance accordée aux métiers dits intellectuels par
rapport aux métiers manuels.
[33]
Sylvie
Aebischer : "Mon travail se comprend, je crois, d'abord comme une
"critique d'une mort annoncée"... On parlait déjà de la droite
et de la gauche comme de notions archaïques et dépassées dans les années
20. On parle un peu trop vite lorsqu'on enterre ces notions sans réfléchir
aux mots avec lesquels les gens continuent de penser la politique. Or nous
pensons en mode binaire, et il est difficile de dépasser ses propres
structures de pensée. Ce que j'ai essayé de montrer est qu'il ne faut pas
réduire le clivage droite-gauche à une opposition de valeurs figées, et
qu'il s'agit de termes efficaces pour organiser une vision du monde. En
pensant en termes de droite et gauche, nous projetons sur la vie politique
et sociale une interprétation binaire des choses : le clivage droite-gauche
est une sorte de raccourci qui nous permet de traduire simplement la
complexité du monde. Chacun se forge une compréhension personnalisée de
ces notions en fonction de ses valeurs de référence, mais il ne la fait
pas ex nihilo, et on observe forcément une certaine sédimentation
culturelle du contenu des notions. L'opposition la plus représentative
aujourd'hui du clivage droite-gauche est difficile à exprimer, la gauche de
Chevènement n'est pas celle de Besancenot, ni celle de Jospin . On peut
tout de même avancer que pour quelqu'un de gauche elle correspondra généralement
à l'opposition entre politiques sociales et libérales. Quelqu'un de droite
la traduira plutôt en termes de sens de l'effort et de la responsabilité
au regard d'une logique d'assistanat. Dans les deux cas, on observe une
stigmatisation de l'autre et dans une certaine mesure, on peut dire que le
clivage droite-gauche recoupe l'asymétrie Moi / Autrui sur le modèle de
l'opposition entre le Bien et le Mal". [Souligné par moi, JC].
[34]
"La F...M...
est une société initiatique de forme traditionnelle dans laquelle les
processus symboliques jouent un rôle essentiel bien que non exclusif
[Souligné par moi, JC]. […] [L'initiation] est un processus par lequel le
Maçon prend conscience de ce qu'il est réellement et accède ainsi à la véritable
liberté dans ses pensées et ses actes. […] Le caractère traditionnel de
la Maçonnerie signifie non pas asservissement au passé, mais transmission
d'un but commun et permanent – l'initiation – ainsi qu'une méthode
[Souligné par moi, JC] pour y parvenir, méthode dont un élément
important est précisément l'utilisation d'un "matériel"
symbolique déterminé, constitué d'objets, de paroles, de gestes et
d'actes. [… La symbolique maçonnique a cinq fonctions] : anti-dogmatique
[…] ; représentative […] ; projective […] ; éducative […] ; égalitaire".
Extrait du "livre de l'Apprenti – Instruction pour le premier grade
symbolique" du G...O...D...F...