Questions aux athées démocrates

Ô vous, athées qui croyez en la démocratie[1], que ferez-vous si, demain, la majorité de votre pays, en toute démocratie, c'est-à-dire par voie référendaire ou par vote du Parlement, institue le délit, voire même le crime de blasphème ?

Continuerez-vous de croire en la démocratie et, ainsi, renoncerez-vous à votre liberté de conscience et d'expression, sachant alors que, a posteriori, votre athéisme se révèlerait comme une imposture ?

Ou bien apostasierez-vous, sachant que, dans son sens strictement religieux, cette expression signifie "renier sa foi pour une autre foi" et donc quitter son Ø[2] pour une autre Ø ? Mais alors, quelle serait votre nouvelle Ø ? le fascisme ? le monarchisme ? le communisme ?… Vous soumettrez-vous alors à l'ordre correspondant en renonçant ainsi à votre liberté ?

Ou bien étendrez-vous votre athéisme à cette forme (pseudo)laïque de Ø qu'est la démocratie – et dont l'ordre correspondant est l'État bourgeois -, sachant que l'athéisme n'est pas une croyance qui se déduirait, par opposition/négation, de l'Ø mais l'affirmation/revendication d'une pensée libre – et… libératrice ! - et d'une liberté pensante qui sont les caractéristiques essencielles de… l'humain !

Younus SHAIKH est condamné à mort pour crime de blasphème religieux mais dans toutes les démocraties des blasphémateurs sont condamnés et, parfois exécutés, légalement ou extra-judiciairement, pour injure et outrage fait à l'ordre public, à la démocratie, autrement dit pour… blasphème !

Ma question n'est donc pas si innocente que cela car, outre la confusion, dans certains pays ou à certaines époques, des ordres religieux et temporels – la théocratie – et la constante complicité de la puissance publique (politique et… laïque) à l'égard des ordres religieux[3], ordres politiques et ordres religieux participent de la même essence qui est celle de l'aliénation et usent des mêmes chiens de garde que sont l'oppression et la répression !

Il me semble donc qu'être athée emporte donc le refus universel de toutes croyances, que celles-ci soient religieuses ou politiques (et, à ce titre, supposées laïques, autrement dit a-religieuses), et que se prévaloir de la démocratie pour combattre les Ø et leurs ordres c'est user d'un poison contre un autre poison et, ainsi, courir le risque de… s'empoisonner, c'est-à-dire se perdre à soi-même, à sa conscience, à sa liberté.

C'est pourquoi la conséquence logique d'un athéisme achevé est… l'anarchisme qui est le refus systématique de l'Ordre, dans toutes ses particularités spatiales et temporelles, sous toutes ses apparences, et l'affirmation/revendication d'une seule valeur universelle, l'humain, d'un seul droit universel, la liberté, d'une seule condition, la dignité, d'une seule éthique, l'humanité avec tout ce qu'elle implique de solidarité, d'égalité, de tolérance (de reconnaissance de la différence).

Affirmer "Ni , ni maître", c'est dénoncer et refuser tous les , tous les ordres, laïques ou religieux, c'est vivre l'athéisme dans toute sa plénitude…



[1] Le dictionnaire nous dit que "croire" signifie : "Être persuadé qu’une chose est vraie. […] Estimer, supposer, tenir pour probable. […] Estimer qu’une chose est réelle, probable, valable (exemples : croire à l’astrologie, à la fin du monde). […] Avoir une foi. Croire en .  ["Croire à" est un acte de jugement, tandis que "croire en" implique une adhésion morale ou affective.] et qu'un/e "croyant, ante" est quelqu'un "qui a une foi religieuse".

"Croire en la démocratie" c'est donc adhérer à une Ø qui s'est instituée en cette forme particulière d'ordre qu'est l'État tant il est vrai que la démocratie est une Ø qui se fonde sur un mythe originel, celui de la majorité, auquel, pour lui donner une apparence de rationalité et donc d'effectivité réelle, on donne un intitulé (quasi)juridique – dans tout État, il existe effectivement un Droit et des droits réels –, celui de contrat social. La Ø démocratique a donc son mythe fondateur – sa Vérité révélée -, ses prêtres  – les politiques – et, bien sûr, ses grands prêtres – Chefs d'État et de Gouvernement, chefs de parti… -, ses lieux de culte – Parlement, isoloir… -, ses messes – la proclamation des résultats électoraux, la rentrée parlementaire, le référendum… -, sa sainte iconographie – les emblèmes, les drapeaux, ses divers symboles… -, ses croyants et ses… incroyants,  son orthodoxie et ses hérésies (les mouvances/alliances majoritaires), ses schismes (l'opposition), son baptême (l'inscription sur les listes électorales), son initiation (l'engagement au sein d'un parti), sa communion (le vote), son catéchisme (ses divers journaux officiels de la pensée unique mais aussi le militantisme partisan), son droit canonique (la Loi et la Réglementation), son Index (la Censure), son Inquisition (appareils policier, judiciaire et militaire), sa morale (la pensée unique dominante), son excommunication (l'emprisonnement, l'exécution capitale, l'expulsion), ses anathèmes (les harangues des discours et des tribunes médiatiques mais, également,… l'opinion publique), ses tabous (l'immunité des politiques), ses simonies (le lobbying, le partisanisme, le clientélisme…), ses indulgences (l'amnistie, l'enterrement d'affaires…), son (grand) pardon (l'entente cordiale), ses croisades (à l'interne les diverses causes et priorités nationales et, à l'externe, les guerres), ses clercs (les fonctionnaires), ses laïcs (les démocrates)…

[2] Pour celles/ceux qui me liraient pour la première fois, j'indique que, pour les motifs indiqués dans mon texte Petit manuel de grammaire mécréante (http://jccabanel.free.fr/mt_petit_manuel_de_grammaire_mecreante.htm ou

http://perso.wanadoo.fr/jccabanel/mt_petit_manuel_de_grammaire_mecreante.htm), je désigne désormais "dieu" par , "religion" (au sens de système de croyances) par Ø et le pseudo État du vatican par ≈.

[3] Notez par exemple la prégnance religieuse dans les attendus des décisions judiciaires de censure frappant l'expression artistique, dans les instances dites éthiques mise en place par les États et groupements d'État pour apporter des réponses légales à des problématiques strictement humaines (l'euthanasie, l'homosexualité, la contraception, l'I.V.G….)


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