Ce qui est légal n'est pas toujours juste et ce qui est juste n'est
pas toujours légal


Par Adolfo Pérez Esquivel. Prix Nobel de la Paix
traduction: Oleg Vargas Ganzelevitch, traducteur bénévole,
coorditrad@attac.org

Le grand penseur que fut Henry Thoreau inspira de nombreuses personnes de plusieurs générations par ses propositions de s'opposer aux injustices par des moyens non-violents pour défendre les droits civiques. Il étudia en profondeur les comportements et les valeurs éthiques des personnes et des sociétés. Il fut et reste encore une source d'inspiration et de pratiques dans la recherche de la Vérité et la Justice. Certains surent découvrir dans ses propositions les chemins de la liberté et la défense des droits des personnes et des sociétés. Ils utilisèrent la résistance civique comme méthode et condition de vie. Il inspira, entre autres, le Mahatma Gandhi. Il mit en pratique l'action et la réflexion, c'est à dire la cohérence entre les paroles et les faits.


Nous avons un exemple de cet état d'esprit au cours de la guerre que les Etats-Unis entreprirent contre le Mexique et qui eut pour conséquence la perte d'une grande partie du territoire du peuple mexicain. Thoreau s'opposa à cette guerre qu'il considérait injuste et, par conséquent, il fallait s'y résister et s'y opposer par des moyens non-violents. Il joignit le geste à la parole en refusant de payer l'impôt de guerre. Son attitude rebelle lui valut d'être emprisonné et il l'assuma comme une des conditions de la résistance face aux injustices. Il disait que si l'on tolère les injustices on finit par en être les complices.


En 1848, Thoreau publia à l'Institut Technologique du Massachusetts un article où il expose les principes et les valeurs qui devraient gouverner toute société et les comportements que les personnes et peuples devraient assumer. Il dit, en synthèse: " Toute personne aimant la liberté doit être respectueuse vis-à-vis de la loi, la respecter et la faire respecter" et il signale que: "...nous devons avoir une conscience critique et déterminer les valeurs de la loi qui permettent la coexistence et le respect que nous nous devons les uns aux autres dans toute société civilisée". Il lance un avertissement très clair lorsqu'il dit que: "toute loi n'est pas forcément juste"; il est des lois qui attentent contre le droit des personnes et des peuples, ce sont donc des lois injustes contre lesquelles on se doit de résister jusqu'à leur nullité totale car elles sont néfastes pour le corpus social et mettent en danger la coexistence démocratique.

Il dit que tout citoyen conscient de sa responsabilité a le droit de s'opposer aux injustices et doit être disposé à assumer les conséquences de sa désobéissance face aux lois injustes.


Comment distinguer une loi juste d'une loi injuste, ce qui est légal de ce qui est illégal, ce qui est juste de ce qui est injuste ? La logique nous dit que tout ce qui est légal devrait être juste. Ceci n'est malheureusement pas toujours le cas; ce qui est légal est souvent injuste; il existe des lois attentatoires contre le droit des personnes et du peuple. L'Evangile nous enseigne que: "Il n'est pas venu pour abolir la loi, mais pour la confirmer. L'homme n'a pas été fait pour la loi mais la loi pour l'homme". Ces valeurs ont été altérées et dévalorisées et les personnes ont été soumises à des lois injustes.


En Argentine, les revendications sociales ont été criminalisées, des lois et décrets sont mis en application alors qu'ils sont contraires au droit constitutionnel et font énormément de tort à la démocratie.

Nous pourrions signaler les lois de "Point Final" et d' "Obéissance Due" qui, après de longues années de lutte, ont été suspendues mais pas annulées; 18 ans ont passé depuis qu'elles furent promulguées pendant le gouvernement de Alfonsín, générant l'impunité juridique dont bénéficiaient les génocides et laissant le peuple sans défense.


Le "lobby financier" a étranglé les petits et moyens épargnants qui avaient ingénument déposé leurs ressources dans les banques ; ceux-ci se retrouvent aujourd'hui démunis, victimes des gouvernements successifs qui ont promulgué des lois injustes et ont privilégié les banques et centres financiers qui se sont appropriés l'épargne du peuple.


Ceci est un exemple clair de ce que ce qui est légal n'est pas toujours juste. Il est évident que, quelle que soit la rhétorique employée pour justifier l'injustifiable, les pratiques du gouvernement manque de cohérence entre ce qu'il dit et ce qu'il fait, ceci est évident à travers l'impunité juridique de la gâchette facile et de la corruption.


Il (le gouvernement) a renoncé au droit de souveraineté et d'autodétermination du pays en abandonnant les ressources aux grands capitaux financiers étrangers et à la spéculation des capitaux nationaux; il s'est soumis aux politiques imposées par le FMI et la BM en violant la Constitution Nationale et tous les droits du peuple.


Il a cessé d'exercer le mandat du peuple, de gouverner pour tous dans l'égalité démocratique. Il suffit de voir l'augmentation des maladies endémiques, l'analphabétisme, le manque de ressources nécessaires à la vie et au développement du peuple. Ce gouvernement a renoncé à ses obligations tout comme ceux qui l'ont précédé. En de nombreuses manifestations, le peuple est sorti dans la rue pour réclamer justice, se mobilisant face à sa condition de sans-défense, avec un parlement complice et permissif qui a fait passer les intérêts des partis avant l'intérêt du pays; sauf de rares exceptions de législateurs/trices qui honorent le mandat que le peuple leur a confié.


Notre Cour Suprême de Justice est mise en question et accusée d'être complice du pouvoir politique.

Il est nécessaire de définir le cadre légal de ce qui est juste et ce qui est injuste; ce qui est vrai et ce qui est faux. La loi est un droit conquis par les peuples tout au long de leur vie historique et de la vie de l'humanité; elle nous permet la coexistence et le respect que nous nous devons en tant que citoyens/ennes. Le droit à la démocratie se construit dans l'action quotidienne et il est une conquête de la liberté qui permet d'atteindre l'égalité pour tous.



Buenos Aires, le 11 mars 2002
Première parution: Correo Informativo.
Contact pour cet article: rédaction Grano de Arena,
informativo@attac.org


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